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* La fuite moins belle. [PV]

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Lilian
Trilobyte cubique bouffeuse de boulets.
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Féminin Messages : 140
Date de naissance : 03/06/1995
Age : 22
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Virus : Oméga
Pouvoir: : Contrôle de la gravité
Age : 15 ans

MessageSujet: * La fuite moins belle. [PV] Lun 17 Mai - 23:50




      A l’heure où tout se ressent
      Comme une blessure
      Plus profonde encore…
      A l’heure où plus rien n’est sûr
      Où la nuit descend
      Par une fissure…


    Le soleil était bien plus bas que lorsqu’ils étaient arrivés à présent. Sa lumière sur les bâtiments se teintait d’orangé, adoucissant les formes géométriques des édifices, élimant les coin et les angles. Une ombre fraîche et noire s’agrandissait sur les pavés de la rue, au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, inexorables.
    Tandis qu’un même sourire étirait leurs lèvres simultanément, Lilian se tourna vers le soleil de fin de journée, le regardant effrontément en face. Un reflet mordoré illumina l’océan de son regard, donnant le tableau classique de l’astre couchant derrière la mer. Elle le fixa jusqu’à en ressentir une douleur lancinante, puis baissa les paupières et se frotta les yeux. Elle se retourna vers le cendré, qui d’un mouvement de tête lui indiqua, derrière les bâtiments modérément luxueux, une rangée de buildings bien rangés mais décrépit par le temps et les assauts de quelques jeune révoltés souffrant d’une addiction profonde à toute sorte de choses plus ou moins licites ayant un rapport avec l’anarchie.
    Ouais, des délinquants quoi.


    « La partie n’est pas encore finie »

    Répondit le loup à sa réflexion un peu dérivante. Il avait raison, en effet. Mais la fillette, en parfaite gamine qu’elle était, se décida à jouer son rôle exceptionnellement et lui tira la langue mentalement. Ses paroles auraient été à peine moins puérile si elle ne l’avais pas pris sur un ton joueur…

    « Rabat-joie. »

    Elle lui lança un sourire radieux, à l’image du soleil qui leur faisait de l’œil entre les édifices de béton gris, jouant dans les interstices et les fissures. Le Soleil n’avait pas fini de jouer. L’Ombre était du genre déterminée, et savait que tôt ou tard, elle gagnerait. Bien sur, l’astre du jour reviendrait le lendemain, mais il ne pouvait accepter que leur score reste égal à chacun de leurs jeux… x milliards de victoires pour l’un, x milliards de victoires pour l’autres…
    Ce que ça devait être irritant.


    Songeant que les Bêtas étaient aussi obstinés qu’une bande de robots monotâches, elle se remit en route, se retournant de temps en temps pour vérifier que le gris la suivait. Précaution inutile cependant, elle savait bien que c’était le cas.
    Et que cela durerait toujours.
    Petite fille naïve et imbue de sa personne.
    Petit chat griffu à l’ego démesurément grand.
    Et son compagnon le loup à la langue bien pendue et aux crocs acérés.

    Et c’est ainsi que Chat et son compère Loup s’en furent guillerets dans le soleil couchant, en une grosse Happy End digne de Walt Disney.
    > Fuite des cerveaux vers l’Amérique. >
    Hrm, Bref.
    Visiblement, les cerveaux n’avaient pas de visa. Ils revinrent vite.

    Consciente qu’ils n’avaient pas intérêt à flâner dans les rues, ni à faire du lèche-vitrine, la jeune fille accéléra le pas. La fameuse brise du soir soufflait en face, faisait virevolter ses mèches dorées au gré de ses caprices.
    Décidément, ses cheveux avaient beaucoup poussé.
    Elle se retourna, mue par un désir qu’elle ne soupçonna même pas. Un sourire flottant sur le visage, elle croisa le regard d’acier trempé et les mèches cendrées qui le barraient par à-coups.
    Si la peau de Lilian prenait une teinte douce à la lumière de la fin de journée, le visage marmoréen de l’Omega, lui, gardait sa pâleur, et son aspect d’albâtre.
    Oui, il fallait bien l’admettre. Il était beau. Et après?

    La gamine blonde se dirigeait à l’instinct entre les rues qui lui semblaient bien plus accueillantes maintenant qu’elles étaient désertes. Elle jouait sur les pavés, reprenant le jeu enfantin de ne jamais marcher sur les lignes de séparation des blocs de granit. Elle faisait ce qu’elle voulait après tout. A présent, elle était libre.
    Mis à part le loup qui la suivait, personne, personne ne lui dicterait sa conduite. Une résolution farouche s’empara de son regard, et son esprit se concentra tout entier autour de ce sentiment qu’il n’avait coutume d’analyser.
    La détermination.
    Elle était déterminée à ne pas se faire attraper, déterminée à rester hors des murs blancs et froids de l’Orphelinat, quoiqu’il en coûte. Quoiqu’en pense les bêtas, l’Alpha Carter ou même Edwin Pain. Ils pouvaient venir… Ils ne l’obligeraient jamais à retourner là-bas. Jamais.
    Un sourire narquois étira ses lèvres.
    Omicron avant l’heure…
    Eux deux qui avaient été fichés comme enfants à problèmes, à surveiller et à ne laisser s’échapper sous aucun prétexte, voilà qu’ils faisaient partie des rares à avoir eu l’audace de s’évader. Lilian en ressentit une immense fierté, et lorsqu’elle se retourna pour la énième fois vers le loup, un sourire franc et radieux illuminait son visage, plus encore que le soleil lui-même.

    Mais tout n’étais pas rose au pays de la liberté.
    Au fur et à mesure qu’ils avançaient, ils s’enfonçaient des les quartiers de moins en moins aisés, de plus en plus glauques. Ils finirent par déboucher dans une ruelles sales, jonchée de déchets en tous genres, dont certains restaient douteux de par leur provenance…
    A fillette ne s’y attarda pas, et le vent qui sifflait entre les mur, chargé de l’atmosphère glaciale et sombre, lui arracha un frisson. Elle ralentit le pas, cherchant inconsciemment à se rapprocher du cendré.
    Comme s’il avait un gabarit susceptible d’impressionner les gens d’ici. Il n’était pas beaucoup plus grand qu’elle, pas beaucoup plus lourd, et au moins aussi fin…
    Deux gamins chétifs de douze-treize ans étaient une prie facile.
    Son instinct et son pouvoir lui hurlant qu’elle était tout sauf en sécurité, elle reprit sa route d’un pas raide et rapide, saisissant au passage la main du loup. Elle s’était presque habituée à ce contact tant elle avait répété ce geste durant les dernières heures… Elle ne le trouvait presque plus désagréable. Tant qu’il ne serrait pas la main sur la sienne, tant qu’il ne l’attirait pas à lui, tout allait à peu près bien. A peu près, parce que le simple fait qu’elle lui tienne la main signifiait que tout n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.
    Loin de là.

    Avançant encore et toujours, il finirent par pénétrer dans la véritable banlieue, « Disreputable districts ». Lilian était parfaitement bilingue, elle savait très bien ce que cela signifiait. Et puis même sans avoir vécu au Canada, quelqu’un avec un minimum de sens de l’observation plus quelques neurones pouvait tout à fait analyser la situation.
    Ils se trouvaient sans doute dans le quartier le plus pourris de la ville. Le plus mal fréquenté aussi. Il fallait espérer que des Deltas bourrés ou en recherche de bordels ne se pointent pas au coin de la rue, ou bien que ces chers Bêtas n’aient pas quelques amis débraillés tagueurs et anarchistes. Ce serait le must du must. Rien qu’a l’idée, elle en eût envie de pleurer.
    Non, vraiment.
    Il ne fallait pas.

    Tenant compte de l’ambiance glauque des lieux, elle mit un certain temps à se rendre compte que le ciel s’était assombrit, le soleil couchant enseveli sous une couche de nuages étouffants. Et… un peu trop noirs. L’atmosphère s’alourdit, et Lilian finit par ressentir une certaine gêne. Comme un bruit aigu, un bourdonnement incessant qi lui vrillait de cerveau. Comme un marteau-piqueur essayant désespérément de faire un trou dans sa boîte crânienne. Ce n’était pas l’orage. Elle ne le craignait pas autant, bien qu’il lui inspire le respect qui lui était dû.
    En fait, ça avait commencé quand ils étaient rentrés dans le territoire des drogués. Mais allant en s’amplifiant, elle ne s’en était pas rendue compte dès le début.
    Ne voulant pas les retarder, elle se remit en marche, la paume de sa main plaquée contre front. Marchant d’un pas de moins en moins assuré, elle finit par chanceler puis s’appuyer au dernier moment sur un mur envoyé par la providence. Elle se serait effondrée. Le paysage se mit à tourner. Les lignes droites devinrent courbes, les pavés et les fenêtre se distordirent… Puis peu à peu les couleurs changèrent. Le bleu passa au jaune, le vert au rose, le violet au rouge sang… Lilian s’accroupit contre la paroi de béton sale et se recroquevilla. Les deux mains plaquées sur les tempes, les paupières serrées fiévreusement, elle tentait désespérément de démêler le vrai du faux, la réalité de l’hallucination. Chose impossible.
    Tout se mélangeait dans son esprit, formant une soupe infâme dans laquelle elle se débattait pour ne pas se noyer.
    Dans un sursaut de lucidité, elle dit d’une voix tremblante:

    « Il faut… un endroit pour la… nuit. »

    Cherchant à se remémorer les lieux tels quels les avaient vus dans leurs formes et couleurs d’origine, elle pointa le doigt un peu au hasard vers un building proche dont la porte d’entrée avait été caillassée. Ils pourraient sans doute se frayer un chemin là-dedans.
    Puis se trouver un appartement, une pièce où dormir.

    Le rugissement sec du tonnerre éclata au-dessus de sa tête, et des gouttes glacées commencèrent à tomber, la glaçant jusqu’aux os. Elle s’adossa au mur gris sale, et s’en aida pour se relever, tant bien que mal. D’une main hésitante et tremblant comme une feuille morte, elle effleura le poignet du gris, cherchant à l’entourer de ses doigts sans y parvenir totalement.
    Elle tituba jusqu’au foyer temporaire qu’elle s’était attribué, elle passa par l’orifice de verre brisé, s’écorchant au passage, déchirant ses habits auxquels elle ne tenait d’ailleurs pas.
    Avisant une pièce dont la porte ébréchée était entrouverte, elle s’y dirigea, faible, passa l’embrasure de la porte, puis tenta de la refermer derrière elle. Ce fut un échec, il n’y avait plus de verrou.
    N’y prêtant plus attention, elle vit seulement le matelas poussiéreux étendu dans un coin sombre derrière un mur sur lequel il devait jadis y avoir eut une porte. Ne restait maintenant qu’un orifice béant de forme à peu près rectangulaire, qui avait permis à la fillette de faire sa trouvaille. Lâchant le poignet du garçon, elle s’en approcha, puis tomba à genoux, et s’écroula dessus. Elle fit le dernier effort de se mettre sur le dos pour respirer, puis posa son avant-bras devant ses yeux.
    Elle demanda au garçon d’une faible:

    « Tu… ne sens rien?… »



      Emmène moi, là où le ciel n’existe pas…
      Encore plus bas, encore plus bas…

      Et tu verras qu’il nous faudra partir,
      Avant que l’on nous détruise
      Se glisser de quoi dormir, avant de se faner
      Il n’y aura plus aucun secret, tu sais,
      Entre toi et moi…
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Curve
Désaxé chronique.
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Ven 21 Mai - 21:10



Voler.
Au-delà des flammes et des frontières.
Libre.

Nager.
Dans les océans, les rêves et les étoiles.
Libre.

Tout ce qui est or ne brille pas.
Tous ceux qui errent ne sont pas perdus.

    Le soleil se couchait.
    Déjà ?!
    Le loup en était estomaqué. Comme le temps passe vite, dans un placard. Mentalement, il ne put s’empêcher de refaire le cumul des heures. Le décompte égrenait ses premières irritantes secondes aux environs de Midi .. Vingt. L’heure H. Ou, dans le réfectoire, il avait fait sa connaissance. Tout deux a fixer, éperdus et impatients, la pendule maudite qui se riait d’eux, a ralentir, puis s’arrêter et repartir, dans un rythme vicieux et parfaitement irrégulier qui ne dérangeait qu’eux.
    Midi et demi.
    Les portes battantes, grasses et d’un orange fané, se refermaient mollement derrière leurs silhouettes fuselées. L’échappée, la course dans les couloirs. Le battement frénétique de leurs pieds sur le sol dur, le cri de leur cœur meurtri forcé de battre plus vite encore.
    Leurs cheveux qui s’entremêlaient alors que la meute de Bêtas les poursuivaient.
    La salle, blanche et attirante. Sa fenêtre. La luminosité, la magie de l’endroit. Dans un conte, le lieu aurait mué en clairière austère et gardée par de ravissants oiseaux au bec court et a la mélopée vibrante de joie. Dans leur épique conte, la salle restait une salle. Une prison de plus. Quatre murs, un plafond.
    Une porte vers la liberté. Qu’ils avaient franchi, sans réfléchir.
    La vie était courte.
    Leur délai de réflexion aussi.

    Le gel qui avait craqué sous ses semelles, la clarté de la liberté. Neige, chutes et pensés. Allégresse. Quelle heure était – il a ce moment, ou ils avaient foulé le sol glacé de la liberté tant attendue ? Une heure, un peu plus, un peu moins.
    Leurs débâcles avec le buisson vengeur, les Deltas.
    Courir, encore.
    Fuir devenait un mécanisme. Les prédateurs se transformaient en proies malicieuses et ardentes, qui comme l’eau, coulait entre les doigts de l’Autorité.
    Filet de sang pur et cristal de roche.
    Exaltation.

    Et puis la réalité brute, avec les bords tranchants du placard … Exotique.
    Pour ne pas dire autre chose. Le jeu.
    Leur Jeu.
    Quelques heures avaient du filer ici et la, entre deux battements de cils et encore des mètres avalés en cavalcade effrénée. Décidément, l’heure n’était pas leur amie. A moins que cette étrange danse des aiguilles ne soit d’une aide extérieure pour qu’ils parviennent a leurs fins.
    Une liberté durable. Sans conditions ni frontières.
    Ils verraient bien, après tout.

    « Rabat-joie. »

    Secousse de la tête, oreilles qui se lèvent, âme qui se secoue.
    Le loup lui jeta un regard pragmatique, émergeant de la masse a la fois confuse et ordonnée de ses pensées.
    Analyse.
    Rabat joie.
    Oh.
    Il inclina la tête, évaluant la phrase, griffant l’indécis qui se situait sous l’émail faussement doré de la plaisanterie, extirpant ce qu’elle n’avait pas dit en lui jetant cette bouée en papier mâché.
    Rabat joie.
    La léger sourire releva les lèvres du cendré.
    Il était fier d’être alors, ce qu’elle qualifiait de rabat joie.
    De toute façon elle n’avait pas le choix.
    Et puis, il était certain que si elle l’avait, elle ne changerait rien.
    Une Lillian a l’image d’un Curve.

    Il ne répondit pas, pour la simple et bonne raison qu’il n’avait rien d’intéressant a dire.

    Lui emboîtant le pas, aimanté par la même envie qu’elle de se trouver un second repère moins étriqué que le précédent, il se mit en route a longues foulées élastiques, marchant dans son ombre, les mains dans les poches, la tête penchée vers le bitume, ses mèches formant un voile obscur qui cachait ses yeux.
    Attitude typique du rôdeur en pleine méditation. Au fond, son temps se découpait très simplement : 90% a penser, méditer et rêver, et 10% d’immersion difficile dans la vraie vie, a flotter sans réel intérêt, cherchant a comprendre pourquoi on l’avait encore une fois, tiré du flot sombre et tiède de son monde intérieur.
    Un vrai misanthrope, qu’on aurait qualifié d’asocial s’il n’avait pas été forcé de passer son existence a côtoyer une bande de gamins qui braillaient plus fort qu’une tribu de cerfs males en rut.
    A coté d’un train.
    Survolés par un avion en flammes.
    Pendant un cataclysme.
    En bref, beaucoup de bruit pour si peu d’intérêt.
    Y’avait de quoi se pendre. Manque de chance, personne n’avait pensé à fournir l’Orphelinat en cordes digne de ce nom. Et finir étouffé par sa taie d’oreiller était une mort tellement …. Tragique, qu’il n’avait pas examiné le cas plus d’une demi journée.
    Histoire de passer le temps. Et encore.

    Ce fut donc, plongé dans ses pensées, qu’il rata la demi douzaine de regards que lui lança miss Lillian. Et vu la fréquence ou elle se retournait, il y avait de quoi avoir des doutes. Matière a penser pendant une bonne semaine : avait – elle mal au cou ? Au dos ? Avait – il quelque chose sur le nez, un bouton qui poussait qu’elle ne pouvait s’empêcher de couver des yeux comme une mare attentive au développement de son gamin ? Était – il singulier a marcher ainsi ? Étaient – ils suivis ? …
    L’admirait – elle ?
    De quoi penser, en effet.
    De quoi lui inspirer des répliques revolver qui l’auraient cloué au sol - ou au mur - le plus proche, l’œil furieux, les lèvres pincées et le rouge aux joues.
    Serrant ses petits poings en une attitude typiquement féminine qu’il aurait pu railler encore plus. Oh, mignonne petite blonde.
    Blondinette au caractère de chien, certes.
    Mais elle restait anatomiquement – et mentalement – une femelle, avec ses bonds de cabri et ses sourires cachés, ses yeux qui pétillaient sans le vouloir et ses mots qui en cachaient d’autres.
    Fascinant.
    Il releva la tête, mu par le sentiment cuisant d’être épié, et captura son regard alors qu’elle vérifiait qu’il le suivait.
    Genre. Comme si il allait subitement partir en catimini pour se cacher derrière une maison, en retenant a grand peine un fou rire enfantin.
    La encore, il ne voyait pas cette dépense inutile d’énergie, pour vérifier quelque chose qu’elle savait. Et puis, de toute façon, s’il partait, le fait de le surveiller n’y changerait rien.
    Le suivrait-elle alors, ou partirait-elle de son coté ?
    Pour le moment, sa personnalité l’intriguait, et comme un loup curieux s’approchant pas a pas de l’homme, il la suivait.
    Pour une fois, les rôles étaient inversés.
    Il était sur ses talons, comme un chien suivant son maître.
    L’image le révulsa, il marqua un temps d’arrêt. Son regard la scanna, profondément dédaigneux, alors que ses pupilles la transperçaient lentement, du sommet du crâne jusqu’aux pieds, sans éprouver la moindre gène, sans chercher la discrétion.
    L’évaluation terminée, il cligna des paupières, remonta d’un mouvement sec, s’empara de son regard océan, s’engouffra dedans.
    Puis il reprit sa marche, détournant les yeux vers le coucher de soleil.
    Affrontant ses démons intérieurs avec une morgue qui lui était coutumière, ignorant le regard qu’elle lui lança – encore –
    Elle avait l’air beaucoup trop victorieuse.
    Il en ressentit un cuisant sentiment d’injustice.

    Rapidement, la grande ville, ses boutiques et ses étals aux marchants criards, ses restaurants aux saveurs douces et ses maisons aux grands jardins soigneusement entretenus laissèrent la place a une banlieue plus modeste et calme. Les maisons y étaient plus nombreuses, plus petites aussi.
    Décrépies aurait été le mot juste, celui qui s’imposait dans la tête du cendré, qu’il refoulait avec calme. La sonorité du mot était trop brutale, ses arrêtes trop tranchantes et aiguisés. Non, les maisons aux façades écaillées semblaient plus .. Anciennes. Vieilles.
    Les rues larges se muèrent en petits corridors pourtant d’une propreté et d’une clarté austère. Les petits quartiers, qui n’étaient pas encore dans les bas fonds de la cité. Des petits pavillons de seconde main aux jardins étriqués et aux portes qui grinçaient douloureusement.
    Familles nombreuses, qui devaient manger a cette heure.
    A travers une fenêtre ouverte, on entendait les bruits coutumiers d’un dîner en famille. Quelques rires de gorge, le son d’une télé restée allumée. Une délicieuse odeur de viande, que le Loup n’avait jamais senti auparavant.
    A l’Orphelinat, les plats étaient bons, mangeables. Mais sans plus. La qualité y était neutre. Rien n’était périmé ou gâté, mais il n’y avait en général, que peu de saveurs. Les plats restaient les mêmes, et ce, depuis sa création.
    Lundi, pâtes. Vendredi, Riz.
    Cruelle monotonie.

    Le loup releva la tête, huma l’air d’un mouvement vif, les prunelles soudain ardentes. Il aurait pu en saliver s’il n’était pas aussi repu. L’air seul le nourrissait, et il en avait avalé aujourd’hui, assez pour le nourrir jusqu'à la fin de sa vie.
    Glissant comme une ombre sur les façades aux couleurs usées, il se tapit dans l’ombre d’un rideau, observant impunément la famille attablée qui mangeait en paix, comme à l’abri de tout. Immobile, il scruta a travers la vitre légèrement empoussiérée, le père, la mère et les deux enfants. Son regard, d’abord presque émerveillé, se fit cru, aussi tranchant qu’une lame.
    La mère semblait épuisée, au bord du gouffre. Des cernes voilaient son sourire de travers et ses yeux étaient fatigués. Sa voix était chantante mais son ton blasé, usé a l’image de sa maison. Le père, silencieux, affichait un sourire lui aussi de façade. Mal a l’aise, raide, il glissait de petits regards vifs sur sa femme en courbant l’échine.
    Le gris supposa avec justesse qu’il la trompait, ou qu’il avait du commettre un tord a son égard, qu’il ne regrettait pas. Cependant la femme avait des soupons et il cherchait a le cacher.
    Les enfants enfin, étaient calmes, et la prestance de leurs parents semblait les avoir gagnés. Ils les observaient, silencieux, se jetaient des coups d’oeils perplexes, songeant à l’attitude qu’ils étaient supposés adopter.
    Curve se détourna alors, rassasié.
    Ils étaient, lui et lady Lillian, plus heureux que cette famille qui n’avait rien a redouter.

    L’oméga se détourna, et rattrapa la gamine en quelques longues foulées, sans courir pour autant. Le temps n’était plus vraiment une préoccupation, et l’idée de leurs suiveurs ne l’effleurait pas un seul instant. Son regard acier se porta sur la gamine, qui cabriolait gaiement parmi les pavés disjoints, troués par quelques fissures à la provenance douteuse. Ses jambes se tendaient et se détendaient avec souplesse et aisance, alors que ses semelles claquaient sur le sol, dans une réception aisée qui ne durait pas.
    A peine son pied était – il posé sur le sol qu’elle décollait a nouveau, choisissant avec un soin tout particulier l’endroit ou elle allait atterrir. Concentrée, elle balayait frénétiquement son terrain de jeu d’un regard attentif, laissant le loup baigner dans la perplexité.
    Mais que diable foutait-elle ?
    Sourcils haussés, il stoppa, la toisant sans un mot, observant ses mimiques et ses battements de bras pour ne pas perdre l’équilibre. Il observa ensuite le mouvement de ses jambes, et comprit partiellement l’existence du jeu. Ne pas mettre le pied sur une fissure, mmh ?
    Ses yeux filèrent, et se posèrent sur ses propres pieds, royalement prostrés sur un des trous maudits. La fin du monde ne se déclenchait pas. Il n’y avait aucun enjeu, en réalité. Encore une dépense d’énergie inutile.
    Ses lèvres s’entrouvrirent pour laisser passer un soupir, sous la forme d’un fin nuage opalescent, et il se remit en marche, méditant sur l’intérêt, ou pas, de tendre un pied vicieux pour faire tomber l’intrépide joueuse du pavé.
    Histoire de voir comment elle se vautrerait.
    L’idée lui arracha un sourire, et tenté, il tourna la tête. Elle s’était arrêtée – le pied a cheval sur deux dalles brisées – et intercepta un sourire épanoui.
    Game over.
    Frustré, il tourna la tête.
    La prochaine fois, il ne la louperait pas.
    Comme quoi, lui aussi jouait.
    Plus subtilement.

    Le vent se leva alors qu’ils pénétraient dans les bas fonds de la ville.

    Toute humeur enfantine distillée dans l’air glacial, Lillian ralentit brutalement le pas, cherchant visiblement a se rapprocher de lui.
    Curve le bouclier.
    L’atmosphère n’était plus a la plaisanterie, il repoussa donc l’idée de la serrer contre lui, se servant d’un sourire enjôleur comme faux prétexte pour l’agacer une fois de plus.
    Pour la provoquer, la pousser dans ses retranchements.
    Oh, oui, il aimait ça lorsqu’elle était au pied du mur et devait improviser ; forcée de danser selon la bonne foi de celui qui tirait les fils.
    Curve, le marionnettiste.
    La comparaison lui plut, il la plia pour la mettre dans un coin de son esprit. Histoire de la ressortir plus tard, dans des conditions adaptés et propices à une telle révélation, aussi narquoise soit-elle.
    Le Jeu avait prit fin. Sans doute reprendrait – il, mais plus tard.
    Le cendré se contenta donc d’égaliser sagement son pas sur le sien, alors qu’ils formaient désormais a deux eux, une bulle d’énergie protectrice qui repoussait les ténèbres glauques de la cité.
    Le décor n’était pas propice à la gaieté.
    Il prit conscience qu’elle lui avait saisi la main. Enroula mécaniquement ses doigts autour des siens, appréciant involontairement la chaleur de sa paume contre la sienne.
    Un peu de chaleur n’était pas de refus. Et à défaut de couverture, il avait cinq centimètres de chaleur humaine contre sa paume. C’était déjà bien.
    Presque un luxe, en réalité.
    D’un commun accord, ils accélèrent le pas.

    Alors qu’elle ignorait le décor, focalisée sur un point devant elle, lui détailla es alentours avec précision, son regard de rapace se saisissant du moindre détail qu’il pouvait voir pour le garder a jamais. Après tout, ils étaient libre, la, maintenant.
    Mais qui pouvait prévoir la suite ? Qui pouvait prédire avec certitude que personne ne les attendait à l’angle de cette rue ou de la prochaine, pour les ramener à l’Orphelinat ?
    Sans doute ne reverraient – ils jamais ces vieilles maisons. Ne sentiraient plus cet air pur et vivifiant. N’humeraient plus l’odeur acre des pavés anciens.
    Alors il en profitait, se gorgeait d’émotions, saturait ses sens.
    Faisait ses réserves, comme un ours avant l’hibernation.
    Après tout, le futur était trop incertain pour qu’il ne se permettre de snober un détail qui ne lui plaisait pas, pour le moment.

    Alors qu’ils pressaient le pas, il observait alors, des deux cotés de la rue, les maisons de plus en plus petites et rapprochées, qui cédaient parfois la place a un haut building a la toiture incomplète et aux vitres fêlées. Des HLM jonchaient les trottoirs bas et souillés, habités par des cas sociaux qui ignoraient la signification des initiales de leurs Habitations a Loyer Modéré.
    Bien que supposées surpeuplées, les habitations diverses et variées étaient silencieuses, mis a part le son d’une télévision trop bruyante, ou les pleurs d’un enfant oublié dans un lit a barreaux. Des ombres croisées au détour d’une ruelle étroite baissant le regard, l’œil fou et la peau blafarde, dos voûté et démarche butée.
    Oui, le cendré le reconnaissait, c’était franchement angoissant. Il sentait presque la vibration de ces âmes tourmentées, recluses jusqu'à la fin de leurs jours dans un deux pièces humides et mal isolé. Évidement, il devait en avoir qui vivaient la, et qui le méritaient. Des drogués, des fous, des malfaiteurs, des voleurs et des rôdeurs aussi divers que variés, et majoritairement dérangés. Mais il y avait aussi parfois une créature seule et apeurée, prisonnière de ces murs trop fins pour masquer les sons étranges qui vrillaient les tympans, la nuit. Qui ne sortaient que lorsque le frigo était vidé jusqu'à la dernière parcelle de nourriture, lorsque le problème était trop urgent pour attendre, encore.
    Oui, des personnes qui tremblaient, et trembleraient jusqu'à la fin de leurs jours.
    Un frisson désagréable hanta les vertèbres dorsales du cendré.
    Il était hors de question qu’il finisse dans cet état la.
    Automatiquement, son regard se posa sur Lillian.
    Exclu qu’elle finisse ainsi, elle aussi. Dans le pire des cas, il pourrait aisément trouver comment l’électriser, et la pousser dans la sphère infernal du Jeu éternel.
    Forcée de marcher au pas, de suivre le rythme pour que son sang bouillonne.
    Une onde de détermination l’irrigua, des pieds a la tête, et il l’entraîna d’un pas alerte plus loin encore, aussi sur de lui qu’un lion dans une bergerie.
    Ils vaincraient. Coûte que coûte.

    Un carrefour se présenta a eux.
    Il arqua le cou, songeant à tourner a gauche. Elle l’entraîna vers la droite. Il la suivit, docile, lui abandonnant les commandes. Guidé par elle, il prenait son temps pour observer le paysage, gravant chaque relief, chaque flaque d’ombre, chaque paire d’yeux dans un coin de sa mémoire, gouffre chaotique dont il n’avait pas encore frôlé le fond.
    A croire que les méandres de son esprit n’avaient ni commencement, ni fin.
    L’idée était plaisante.

    Un chien passa devant eux au petit trot, maigre bête décharnée à la tête basse et aux cotes saillantes. Il ne s’arrêta pas pour les observer, et s’enfonça dans une rue perpendiculaire a la leur, dans le martèlement rythmique de ses pattes ouatés, qui s’atténuèrent vite.
    Au fil de leurs progression, les rues se faisaient plus sombres et étroites, taggués sans exception par des mains plus ou moins habiles. Certains graffitis, bien exécutés, étaient en ce lieu pourri jusqu'à la moelle, une petite œuvre d’art qui scintillait doucement, preuve que tous n’étaient pas dénués d’un quelconque encéphale.
    D’autres, bombés en grande hâte et sans doute au milieu de rires gras et ivres, ne représentaient qu’une forme comme une autre d’expression de leur débilité profonde. Dénué de sens ou obscènes, ils ne signifiaient rien, ne marquaient ni les murs, ni les esprits, et la pluie avait tôt fait de les gommer, au grand soulagement des rares passants encore censés.
    Dessins usés a l’image des créateurs à l’esprit étriqué.

    Ils dépassèrent sans un mot une petite ruelle en cul de sac, crasseuse et hantée par l’Ombre, digne des plus grands – ou mauvais – films d’horreurs. Glauque a souhait, mal famée et bordée par la silhouette sombre de poubelles en partie éventrés, le sol gras et tantôt humide d’urine ou d’essence, jonchés de détritus qu’aucun regard ne cherchait plus a identifier, elle abritait une bande d’adolescents d’environ seize ans qui se bourraient la gueule a grande rasades d’alcool de mauvaise qualité. Ils parlaient, d’une voix pâteuse et fade, lâchant des phrases sans queue ni tête, lâchant un mot sur deux dans un gargouillis de salive et l’esquisse d’un rire jaune.
    Pathétique tableau.

    La ruelle des Ombres dépassée, ils ralentirent le pas, tandis que le tonnerre donnait son premier coup de buttoir contre les parois grises du ciel étrangement sombre.
    Intérieurement ravi, le cendré leva les yeux vers la voûte en tôles d’acier, garnie de nuages attroupés en harde violacée et menaçante, prête a crever au moindre instant, a la moindre secousse. Le vent se levait peu a peu, et prenait de l’ampleur en s’engouffrant dans les ruelles, secouait les auvents des trop rares boutiques, et claquait les volets contre le mur qui les retenait depuis longtemps déjà.
    Le temps passait de délicieusement tiède a carrément glacial.
    Avec l’impression de basculer lentement dans un film où il était l’un des héros destinés à avoir la peur de sa vie et finir prématurément en vieillard sénile et tremblant, Curve ancra profondément ses prunelles sombres dans la crinière flamboyante des cheveux de lady Lillian, et intercepta sans mal le mouvement de sa main qui se posait contre son front.
    Elle y resta ancrée, signe d’un malaise intérieur et sans doute physique.
    Une onde de malaise le parcourut, et il serra sa main de ses doigts fins. Tiens bon.

    Son encouragement, la puissance qu’il chercha à lui faire parvenir en ce simple geste n’eut pour ainsi dire, aucun effet. Si ce n’est la progression fulgurante de ses maux.
    La tirant désormais derrière lui, avalant les mètres, balayant les alentours d’un regard impatient, le cendré cherchait un endroit ou l’abriter ; elle.
    Il tourna la tête, l’observa une poignée de secondes. Avait – elle peur de l’orage ?
    Non, ce n’était pas de la crainte qui brillait dans ses yeux, mais une douleur, comme un brutal accès de fièvre, un mal de crâne qui lui sciait la tête à l’en faire hurler. C’était ça, oui. Sans doute.
    Perturbé, indécis, il lui lâcha brutalement la main lorsqu’elle s’effondra contre un mur, parcourue de violents tremblements qui agitaient son être en contractions de plus en plus visibles. Elle semblait broyée, piétinée par quelque chose qu’il ne parvenait pas a identifier. Elle semblait si … Faible, soudainement.
    Le chat se faisait chaton ébouriffé et perdu.
    Affamé, en quête d’une famille auparavant dénigrée.

    Le corps collé a un mur friable et qui semblait aussi bancal et instable qu’elle, de violents frissons tordant son corps fin, elle semblait devenue alors une mer agitée, sa peau palpitant étrangement, ses pupilles dilatés emplissant la majeure partie de ses iris assombris. Elle frémissait toute entière, comme une feuille morte que le vent menaçait d’arracher a sa branche maternelle.
    Secoué par la métaphore, il lui agrippa le poignet avec fermeté, déterminé à la sortir de sa lente agonie, et la redressa avec toute la douceur dont il parvint à faire preuve, tout en restant totalement inflexible.
    Elle n’avait absolument pas le choix.

    « Il faut… un endroit pour la… nuit. »

    Il approuva, et sentit qu’elle poussait dans ses ultimes ressources pour se redresser, et esquisser quelques pas vacillants. L’aura de sa douleur le fit chanceler tant les ondes étaient puissantes, mais ses doigts se refermèrent, implacables, sur la frêle main de la gamine. Il avança d’un pas, effleura le haut de son crâne de son autre main, chassant d’un mouvement unique la fine poussière de craie qui avait terni ses cheveux dorés lorsqu’elle s’était volontairement fusionnée avec le mur. Puis il se détourna, et l’entraîna dans son sillage, vers l’immeuble qu’elle avait choisi, sans que son visage n’ait exprimé la moindre émotion.
    Tout n’était que mise en scène pour que son esprit fiévreux ne se concentre que sur une chose : avancer.
    Ultime objectif.
    Et le fait qu’il la touche sans permission serait sans doute un stimulant involontaire. Son esprit protesterait, le corps suivrait. La rage animait bien souvent les mouvements.
    Il comptait fermement la dessus.

    Ce fut donc avec résolution qu’il avança, déterminé, vers l’insalubrité même que sa comparse, toute de blonde chevelue, s’était désignée d’office. Avec un brutal – et inattendu – trait d’humour, il songea que question confort, elle aurait pu mieux choisir. Et si elle avait alors prôné la valeur pratique, il y avait la aussi, mieux en matière de proximité.
    Mais soit. Loup devenu chien docile, il avançait, chassant sur son passage les mauvaises ondes qui auraient pu la retarder, l’affaiblir encore plus.
    Il se sentait comme un brave explorateur, machette à la main, tachant de se frayer un chemin parmi la rancunière verdure. La tache n’était pas aisée. Notre explorateur des temps modernes, et urbains, n’avait pas cette malchance : Il lui suffisait de mettre un pied devant l’autre, et embarquer derrière lui la semi remorque a l’apparence humaine.
    Il se rendit compte avec effroi que la main qu’il tenait se glaçait de plus en plus, n’émanant plus qu’un faible halo lumineux de douce chaleur.
    Son coeur accéléra, et comme un gamin qui voit s’éteindre son feu salvateur face aux prédateurs nocturnes, il sentit la fin approcher.
    L’Ombre et ses ennuis.
    Il frissonna ; avala sa salive, et allongea encore sa foulée.

    Le tonnerre éclata quand la porte salutaire fut a portée de doigts.

    Avec soulagement, l’oméga ressentit les doigts de la gamine, plus morte que vive, se serrer convulsivement sur les siens, avant de les lâcher. Titubante, elle s’avança vers l’embrassure de la porte, esquivant maladroitement les débris de verre brisé, buttant sur d’autres qui arrachèrent quelques lambeaux de tissus a ses vêtements usés.
    De peau, aussi.
    Vidé d’expression, Curve observa quelques secondes les gouttes écarlates qui perlaient aux griffes de verre, et formaient parfois une tache sur le sol ; fleur pourpre signalant leur passage a tous les deux.
    Du sang, dans cet endroit, n’était pas chose extraordinaire. Parfois même, les murs en étaient éclaboussés.
    Il frémit. Et releva les yeux vers leur abri de fortune, et laissa tomber un mot, lourd de sens.

    Décrépi.

    Ici, la connotation était parfaite. Adaptée a l’endroit. Comme si le mot avait été inventé pour qualifier la bicoque, comme si ces murs caillassés avaient été partiellement détruits pour donner tout le sens au qualificatif.

    Le loup soupira, jeta un regard en arrière, et se coula entre les dents tranchantes du verre brisé, éraflant sans les déranger, de vicieuses échardes aux dards acérés.
    Ce fut une fois au sec qu’il se rendit compte qu’il pleuvait a verse.
    Tenté par le spectacle, il resta un très court moment a observer la pluie laver le paysage, puis se détourna – a regret – pour rejoindre Lillian.
    Sans doute serait-ce la première fois qu’il ne serait pas spectateur de son ami l’Orage.

    Détrempé, il s’ébroua comme un chien, et, levant les mains, essora sommairement ses cheveux qui collaient désormais, et formaient de longues mèches entortillées devant son visage et derrière ses oreilles.
    Pas très esthétique.
    Il observa un court instant ses fripes datant d’il ne savait quand, confiées a ses bons soins lorsqu’il avait intégré l’Orphelinat. Jeta un regard au couloir que Lillian avait emprinté. Elle avait continué en ligne droite, dédaignant une petite pièce a droite sans fenêtres et hantée par de grosses arachnides, pour se plonger dans la poussière moite de la pièce principale.
    Hors de sa vue, il l’entendit pousser une porte – sans doute pour la refermer – sans grand succès apparemment.
    La porte retomba dans un bruit sourd qui le fit sourire.
    Puis d’un mouvement vif, il ôta son haut, et le tordit entre ses doigts, observant avec fascination et surprise, la quantité inimaginable d’eau qui s’en écoulait. Elle vint rapidement faire une petite mare qui noya ses chaussures, déjà humides et usées.
    Il repassa son haut, jeta un dernier regard au ciel en colère, et s’engouffra à la suite de lady Lillian.

    Il se glissa au travers de la porte défoncée, et marqua un temps d’arrêt, alors qu’une marée de souvenirs d’anciennes lectures revenaient au galop.
    On aurait pu se croire dans un vieux taudis du 17ème siècle. En oubliant l’absence de portes – qu’avaient – ils contre elles a la fin ? – il pouvait noter le cumul et l’embrication sournoise des détails, qui le renvoyaient a du Zola.
    L’unique fenêtre, tapie dans un coin comme un enfant honteux, était crevée, et un tapis de diamants brisés colorait le sol à cet endroit, étrangement dénué de poussière. L’un des murs était éventré, et laissait lui aussi passer la lumière, l’air et la pluie, qui semblait avoir déjà prit possession d’une partie des lieux. Le plafond était légèrement effondré à un endroit, alors qu’un vieil escalier à la solidité franchement douteuse s’y encastrait brutalement.
    Curve ne s’y serait pas risqué, même pour tout l’or du …
    Quoique.
    La curiosité lui rongeait déjà les phalanges, aguichant son sens du risque.
    Il se détourna donc difficilement de l’objet tant convoité, pour balayer une dernière fois des yeux, le taudis déserté depuis longtemps. La poussière y était seule locataire, et avait pris possession des lieux.

    Le seul objet qui meublait la pièce était un gros matelas déglingué et recouvert d’une épaisse couche de poussière grise et duveteuse, douce comme la toison d’un jeune agneau.
    Lillian tondit brutalement le mouton lorsqu’elle s’effondra sur ce qui faisait office de lit, dans un bruit feutré et sourd.
    Oups. Ne dérive pas Curve.
    Oui, il l’avait complètement oublié.

    Pris en faute, il s’approcha en quelques pas de Lillian, et s’accroupit a ses cotés, notant avec un brin de dégoût que ses vêtements détrempés avaient attiré toute la cendre ancienne des lieux, et que ces vestiges de souvenirs d’antan, ces rêves décolorés, morceaux de rien et débris de tout s’étaient agglutinés en plaques compactes, scellant peau et tissus dans un carcan … Peu attirant.
    Il scruta un court instant le ballet des grains charbonneux se coller a elle, puis remonta dans l’océan fatigué de ses yeux d’azurs.
    Mh, l’état s’empirait. Sa respiration se faisait difficile.
    Ramené brutalement à la dure réalité, il se mordilla la lèvre inférieure, battant frénétiquement des paupières.
    Merde. Il n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire.

    Elle ferma les yeux, posa une main brûlante – et crade – sur son front, lui même d’une propreté peu reluisante.

    « Tu… ne sens rien?… »

    Euh .. Non.
    Ses pupilles se dilatèrent légèrement, et il fouilla son corps à la recherche d’un quelconque malaise.
    Il ne trouva rien de plus qu’un sifflement étrange qui lui zébrait la tête d’une migraine peu gênante, et lui agaçait les tympans.
    Il ignorait quand cela avait débuté. Sans doute lié a l’état de Lillian ? Mais un tel détail physique ne l’aurait pas affaibli à ce point.
    Il secoua donc la tête, perplexe.
    Lui évita le supplice d’une négation orale. Se redressa, eut une illumination.
    Ouvrit la bouche, chassa d’un mouvement impatient le ‘ bouge pas ‘ qu’il s’apprêtait à sortir.
    Evidement, stupide animal.
    Et sortit d’une traite la fin de la tirade prévue initialement :

    « J’reviens. »

    Ceci dit, il détalla, filant dans le couloir principal.
    Bondissant sous l’averse, assommé par la pluie vengeresse, il resta une demi seconde immobile, puis repartit a toute volée, pétri par les doigts glacés de la pluie.
    Il pénétra bientôt dans une baraque délaissée, nantie de plusieurs étages. Il explora le premier, observa le manque de poussière, nota, estomaqué, qu’une télé allumée égrenait lentement un feuilleton sans spectateur.
    Les verrous ne semblaient pas exister, ici.
    Pourtant, lui en voyait toute l’utilité dans cette banlieue.

    Sans gène, il fila vers la cuisine, attrapa ce qui lui tombait sous la main, entassa pèle mêle les aliments dans ses poches et ses bras, marqua un temps d’arrêt devant le poste esseulé – l’éteignit , par réflexe – puis cavala aux étages supérieurs, ou il subtilisa toutes les couvertures, laissant aux occupants des lieux, pour toute explication, des flaques d’eau glacées sur le plancher fraîchement balayé.

    Qui va à la chasse perd sa place.
    Et ses couvertures, accessoirement.

    Titubant sous le poids de son butin, le loup rôdeur devenu voleur se jeta encore une fois sous l’orage qui grondait sa hargne, et rejoignit rapidement la masure ou la lady blonde était avachie.
    Il croisa, en caracolant sous l’ondée diabolique, deux gosses débraillés, qui lui prouvèrent que l’endroit n’était pas isolé.
    Ceux-ci lui jetèrent un regard enflammé, qui redevint rapidement bovin.
    A croire qu’ils étaient habitués a voir des désaxés courir sous la pluie, embarquant bouffe et couettes sur …
    Mmh. Question évidente.
    Il traversa la porte gardée par les dents de verre, et laissa tomber son butin à ses pieds.
    Prit garde a mettre les aliments non emballés sur les couettes, et regarda encore a travers la porte, ou un chat roux errait, maigre et tremblant.
    Leurs regards se croisèrent, le chat se crispa, prêt a détaler.
    Immobile, le garçon scruta les deux billes bleutés du félin, se baissa d’instinct, l’appela.
    Le tigré l’observa d’un coup d’oeil révolver, qui lui donna l’impression d’être observé par un Lillian a quatre pattes et aux longues moustaches.
    La seconde d’après, le chat passait l’embrassure de la porte, et se coucha sur une des couvertures, que le garçon lui laissa, sans esquisser un geste à son égard.
    Préférant sans doute laisser le chat drapé dans sa dignité et ses poils mouillés, plutôt que chercher a le caresser et finir mordu et saignant.

    Ce fut donc riche d’aventures et d’émotions, qu’il déposa soigneusement le fruit de son larcin a coté de Lillian. Sans lui jeter un regard, il se mit à empiler les couvertures sur son corps transi, replié en une position fœtale.
    Supposant que la chaleur ne lui épargnerait pas la douleur, mais au moins l’ankylose et les désagréables frissons.
    Une fois avoir empilé tout ce qu’il y avait a empiler, il se drapa lui même dans une chaude couverture, plaça les provisions dans une autre, qu’il laissa près de Lillian.

    Mu par un étrange sentiment, il observa les provisions, suspicieux, puis en rompit un morceau.
    Pas fou, il s’y garda de l’avaler … Mais l’enfonça, sans scrupules, dans la gueule avide du rat qu’il n’avait pas oublié.
    Il observa le rongeur se débattre, jouer des mâchoires et ingurgiter ce qui se trouvait être un morceau de pain.
    Septique, il observa l’animal, qui visiblement ne semblait pas mourir.
    Semblait.
    L’oméga finit par hausser les épaules et se détourner. Après tout, il n’était pas nutritionniste.

    Calmant le rat d’une caresse distraite, il se dirigea vers la fenêtre brisée, observant avec délice l’Orage se déchaîner. Lançant ses éclairs, griffant le ciel avec hargne, il déversait sur la terre des trombes d’eau qui n’épargnaient personne.
    La haut, le combat du ciel contre les vivants grondait et vibrait, vent et tonnerre s’en donnant a cœur joie.
    Distraitement, il prit le rat entre ses mains, et se mit à le caresser, en observant le spectacle qu’il n’avait jamais manqué.

    Une demi heure après, l’Orage ne s’atténuait pas.
    Encore a demi mouillé, le cendré se délesta de sa couverture, et se tourna vers Lillian, qui, yeux grands ouverts, l’observait avec une telle concentration qu’il supposa qu’elle le regardait ainsi depuis longtemps.
    Elle qui ‘dormait ‘ lorsqu’il était entré.
    Crevure.
    Elle croisa son regard, et sursauta d’un frisson coupable et téméraire.
    Oh. Des choses à se reprocher ?
    Un rictus releva ses lèvres pales, et il se détourna, presque gêné, sous le regard devenu ironique de Lady Lillian.
    Interdit, il se demanda si elle avait joué la comédie.
    Débattit intérieurement ; songea qu’elle ne s’abaisserait pas a ce niveau.
    Délaissa le problème, et s’éloigna vers le couloir, a la recherche du chat, sentant sur sa nuque, le regard victorieux de l’alitée a la crinière blonde.

    « Dors. Je veille »

    Lâcha t-il, songeant après coup qu’il sortait une réplique digne d’un héros de cinéma.
    Protecteur.
    La réflexion le frustra énormément, et il se hâta de disparaître à sa vue.

    Ne ris pas, chaton. Tu pourrais te retrouver sous la pluie avant même d’avoir compris.

    Le loup n’avait pas encore de collier.

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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.



Dernière édition par Curve le Ven 21 Mai - 21:11, édité 1 fois
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Lilian
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Mar 25 Mai - 23:39




      Je pourrais te corrompre
      En un clin d’oeil
      Tu penses que tu es unique
      Que tu es si beau

      Qu’essaies-tu de faire?
      Ne me tente surtout pas
      Bientôt tu pleureras
      Et espéreras m’avoir rêvée…



    Le cendré remua la tête en une négation explicite. Elle était donc la seule à se sentir comme une droguée souffrant d’indigestion dans un manoir hanté par une nuit de tempête.
    Rassurant.
    La Mort la couvait du regard? Elle n’irait pas jusque là. Elle se sentait mal, mais sa déesse personnelle n’était pas encore décidée à lui faire honneur de sa visite… définitive. Lilian en aurait presque poussé un soupir de déception.
    Si elle n’avait pas été dans de telles circonstances.
    Si tout ça n’était jamais arrivé.
    S’il n’avait pas été là.
    Il semblait un peu inquiet d’ailleurs. Pour elle? Flattée. Donc il tenait à elle? Cette lueur dans ses yeux lui donnait largement matière à réfléchir pendant son agonie. Saleté de banlieue. La gamine blonde, même si elle n’en avait qu’a moitié conscience et qu’elle ne voyait pas l’utilité d’y penser maintenant, était finalement riche. L’héritage plus que conséquent que ses parents avaient laissé à leur fille unique lui assurait quelques belles années… Mais si elle méprisait le monde entier, elle ne se sentait pas au-dessus de lui. Parce que sans lui, elle n’y serait jamais arrivée. Parce que sans lui, elle aurait certainement souffert une demi-heure de plus au self, assaillie par des attaques aériennes pas même convaincantes, puis elle aurait croupi dans un coin toute l’après midi en attendant que la journée se termine enfin. Ce qu’elle aurait trouvé normal un jour auparavant, lui paraissait à présent pathétique.
    Pitoyable.
    Les mots n’étaient décidemment pas assez forts, ou manquaient cruellement à une gamine de 12 ans.
    C’était frustrant.

    « J’reviens »

    J’espère bien.
    Il ne pouvait pas partir. Il ne pouvait pas la laisser. Il reviendrait, elle en était certaine. Comme le loup qui s’est entiché du chat, comme les opposés s’attirent, inexorablement. Les lois de la physique, comme celle de la Gravité, sont irrévocables.
    Implacables, aussi.
    Ledit loup tourna le dos et fila. La partie constamment inquiète de l’esprit de Lilian se mit à tourner à plein régime, lui envoyant des images plus ignobles les unes que les autres. La gamine stoppa net la moteur, tranchant le problème à la racine. Articulant soigneusement les mots dans son esprit, ell les imposa à tous ses doutes, tyrannique, provocatrice, sur un ton de défi:
    Il va revenir.
    -Parce qu’il ne peut pas me laisser comme ça-. Elle y croyait dur comme fer. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait puissante. Vraiment puissante.
    Elle avait son pouvoir, elle avait sa carapace répulsive… Mais là, c’était un tout autre pouvoir. Elle pouvait attirer. Et elle s rendit compte à quel point cette faculté pouvait être merveilleuse.
    Surtout lorsqu’elle s’appliquait à un loup.
    Elle se tortilla sur son matelas crasseux, respirant à pleins poumons la poussière qui la fit tousser. Les murs dégringolèrent autour d’elle, s’effondrant mollement les uns après les autres tels de marshmallows bétonnés. Ils virèrent d’ailleurs au rose bonbon, puis une touche de vert vont habiller le tableau. Lilian ferma les yeux brusquement et plaqua ses mains contre ses tempes, tentant de chasser la vision de sa mémoire. Elle n’était pas douée pour ce genre de choses, et sachant pertinemment que le monde se remettrait en tremblotte si elle rouvrait les paupières, elle les garda obstinément closes. Se concentrant sur les sons, il lui sembla entendre un bruit de fond lointain, comme une radio crissant et crachant dans une pièce abandonné sous des tonnes de poussière. En revanche elle percevait parfaitement le bruit délicieux de la pluie furieuse sur le bitume impassible, de l’orage furieux dans un ciel trop grand pour qu’il pût en occuper tout l’espace. Elle avait toujours aimé le bruit du tonnerre une fois enfermée dans sa chambre et la couverture remontée jusqu’aux oreilles. Mais dans ce genre de circonstances peu agréable, sur un matelas éventré et rembourré de poussière, dans une pièce dont les quatre murs étaient - selon l’esprit dézingué de Lilian - en train de se casser la gueule, et sans fenêtres dignes de ce nom, elle se sentait plutôt mal à l’aise. Si elle n’en avait pas une peur panique, les grondements furieux ajoutaient encore une once d’inquiétude à son regard voilé et fiévreux.

    Elle pensait au loup. A ce qu’il faisait sous cette pluie torrentielle. Avit-il décidé d’abandonner là le Jeu? Non, c’était impossible. D’eux deux, il était de loin le plus provocateur, et le plus gros joueur. Il ne s’était pas dégonflé, et cela n’arriverait jamais. Elle ne le briderait jamais sous un collier ou une muselière, elle ne le priverait jamais de sa liberté, mais en échange…
    Il lui devait quelque chose.
    Pour l’avoir entraînée dans tout ça, pour l’avoir lésée, outrée, provoquée, pour lui avoir fait face effrontément…
    Parce que de bonne grâce et mue d’un certain désir, elle avait accepté et suivi le Jeu.
    Parce qu’il était tout son horizon, et qu’il n’avait pas le droit de disparaître. Les murs pouvaient bien s’effondrer, le sol céder sous ses pieds, des volcans entrer en éruption s’ils le voulaient…
    L’Horizon ne déserterait jamais.
    Jamais.

    Elle se sentait vraiment mal. Son corps étaient agité de spasmes légers, et elle tremblait constamment, comme prise d’une grande fièvre. Et l’absence du loup n’arrangeait rien. Alors pour échapper à la douleur, elle se mit à réfléchir. Elle força ses pensées, obnubilées par la Douleur, à s’en détourner. Elle chercha un sujet de réflexion intéressant, et trouva rapidement. Le cendré était de loin la chose la plus intéressante qu’il lui fût jamais arrivée.
    Il réfléchissait vite et bien, prenait les décisions appropriées en temps voulu, pragmatique et clairvoyant.
    Et provocateur. Son regard acier irradiait un cynisme sans borne, et un sourire narquois l’éclairait constamment.
    Un odieux joueur.
    Elle essaya de déterminer en quoi il était un excellent sujet sur lequel réfléchir.
    Peut-être était-il était intéressant de la même façon qu’un lion est intéressant pour une gazelle, ou qu’un ours blanc pour un phoque. Il était intéressant parce qu’il pouvait être dangereux.
    Or Lilian le paradoxe, révulsée par les conséquences, n’aimait pas le danger.
    Ce n’étais pas ça, bien que son sourire carnassier eût quelque chose d’attirant.

    Dans un contexte plus superficiel alors?
    Il était beau. Oui, ça, personne ne pouvait le nier. Il attirait les regards, attisait les désirs. On le convoitait, on complotait dans l’ombre pour le posséder. Et sans doute était-il d’autant plus séduisant qu’il était inaccessible. Insaisissable, tel le loup traqué par le chasseur séduit par sa magnificence.
    Et pourtant, ce n’était pas vraiment une aura imposante qu’il émanait, plutôt quelque chose de sournois. De plus vil. Une bulle de cynisme, de narcissisme, de provocation adressée au monde entier.
    Il était attirant parce qu’il le savait.
    Et qu’il était bouffi d’orgueil.

    Ne restait qu’un portrait moral à en faire…
    Un tableau à peindre.
    Il commençait de la même façon que celui de Lilian: une immense toile couverte de blanc. Mais la ressemblance s‘arrêtait là. Son blanc à lui était vif, éclatant, aux reflets d‘argents. Celui de Lilian était terne. Elle était banale, lui non. La différence ne s‘arrêtait pas là: la trame de l’âme du loup était tissée d’égoïsme pur et de folie malsaine, d’un rouge sanglant qui recouvrait presque entièrement le blanc. Au centre de a toile, un mur gris acier se dressait, implacable et infranchissable, d’une neutralité frôlant la perfection. Il représentait l’inertie. La force de l’immobile, l’aura de puissance. La barrière qui isolait constamment l’animal du monde extérieur.
    Une sourde détermination s’insinua dans l’esprit de la fillette, prenant la place de la douleur sans ménagement. Elle voulait briser ce mur. Ou bien l’engloutir.
    Des vagues irrégulières d’un bleu roi vinrent lécher le mur, le harceler, redoublant d’efforts et d’assauts de plus en plus furieux. De plus en plus conquérants.
    Le bleu se faisait de nouveau Tyran.
    Mais celui-là, la Mort ne viendrait pas venir le chercher prématurément, pour la simple et bonne raison qu’il ne le permettrait pas. Le bleu est la source de toute chose. Il est le dominant jamais dominé, le monarque sans faiblesse.
    L’empereur magnifique et décadent.

    Elle n’eut pas le temps de continuer son auto-éloge, un bruit qu’elle attendait inconsciemment depuis le départ du gris l’arrêta. C’était le son de son retour.
    Ses pas légers l’avertirent de son arrivée, et elle se détendit légèrement, la tension de ses épaules diminuant quelques peu. Il était revenu.
    Comme il l’avait promis.
    Comme elle l’avait implicitement deviné, et espéré.
    Elle réprima un sourire à la fois triomphant et soulagé, se contentant de le faire s’épanouir mentalement. Et puis tous ses muscles étaient endoloris, si bien qu’elle doutât même de ne pouvoir lever les yeux vers lui. Au prix d’un effort, elle y parvint cependant.
    Il avait ramené tout un tas de choses, dont des couvertures, et de la nourriture lui sembla-t-elle. Sans lui accorder un regard métallique, il se saisit des couvertures une par une et les empila lentement sur le corps recroquevillé de la gamine blonde qui s’était remise à trembler. Il en garda une pour lui, s’en drapant avec majesté tel un sénateur romain dans sa toge vermillon.
    Il en mit une dernière de côté, plus légère, sur laquelle il empila tous les aliments.
    Tiens… Il avait vraiment un esprit pratique développé. Et il était soigneux, méthodique, rangé. Voilà qui n’était pas chose courante. Ce genre de personne se faisait bien rare en ce monde…
    Et Lilian les méprisait quand même.

    Il marqua une pause, une hésitation. Un doute soudain, une question insidieuse à laquelle son esprit ne pouvait trouver de réponse sans expérience. Une hypothèse sans vérification ne l’intéressait pas. Sans doute pas assez fiable ou concrète pour son âme cartésienne. Il observa un moment les provisions amassées et entassée soigneusement, comme les provisions de quelque rongeur psychotique à l’idée d’être en manque pendant l’hiver. Visiblement, l’écureuil-loup cherchait dans les tréfonds de son esprit leur date de péremption. Bien sur, il n’avait pas la réponse, et la date s’était effacée depuis un moment ou bien était recouverte d’une croûte de poussière si épaisse que la vue seule le découragea de chercher plus loin.
    Il avait une bien meilleure idée.
    Qui plût énormément à Lady Lilian souffrante.
    Le fin prédateur avait gardé sa jeune rancune contre le rat lové dans sa poche, qui lui tentait tant bien que mal de se faire oublier.
    Raté.
    Un main telle les serres cruelles d’un oiseau de proie l’enserrèrent dans un étau dans un étau dont il ne pouvait se défaire. D’une neutralité effrayante, le cendré rompit un morceau d’un aliment non-identifié et l’enfourna sans ménagement dans la gueule du rongeur martyr.
    Le pauvre. Il devait se mordre les griffes de s’être trouvé comme seule habitation un placard érotique dans lequel étaient apparus deux gamins névrosés aux tendances sadiques et aux mœurs… douteuses.
    Peut-être avait-il même envisagé l’hypothèse du suicide? Une première dans le monde animal, une découverte pour la science. Si Lilian parvenait à divulguer ça dans les médias, elle serait sans doute riche. Disons, plus qu’elle ne l’était déjà…
    Enfin bref, laissant là les divagations pour une part dues à son état déplorable, elle préféra se concentrer de nouveau sur les agissements du loup, bien plus divertissants.
    Le rat, donc, remuait frénétiquement les mâchoires, encombrées par ce qui avait l’apparence d’un morceau de pain.
    Tiens donc. Encore du pain.
    La vision lui rappela le self bondé, sa rencontre avec l’Oméga au regard d’acier, et le premier présent qu’elle avait offert à quelqu’un dans cette belle saleté d’Orphelinat. Cette pensée assez agréable lui arracha un sourire douloureux, auquel elle mit rapidement fin.
    Le rongeur refusait toujours de mourir. La contrariété remplaça l’amusement. Il était coriace, ce truc là. Bah, une fois rétablie elle trouverait bien un moyen de s’en débarrasser, à moins que le loup ne finisse par s’en enticher au bout du compte. Auquel cas elle ne pourrait jamais exaucer la prière du rat qu’était d’en finir avec la vie. Elle qui voulait tant voir la Mort au moins une fois…
    Au moins une fois. Bien qu’en règle générale, cette seule fois fût définitive.

    Toujours sans daigner lui adresser un regard, le cendré se leva légèrement, puis se dirigea vers ce qui devait être une fenêtre. Aux yeux de Lilian, ce n’était qu’une bouillie informe d’angles brisés et de couleurs sales mélangées. Serrant les paupières, elle décidé de n’avoir confiance qu’en ses oreilles à partir de ce moment. Elle percevait vaguement la luminosité agressive des éclairs à travers cette trop fine membrane qui couvrait l’océan meurtri de ses yeux, mais elle entendait très distinctement le bruit. Son ouïe n’avait donc pas été touchée par l’étrange mal qui contractait ses muscles et la secouait de tremblements incontrôlables. Le rugissement de l’orage haineux résonnait à ses oreilles, ce même bruit qui petite, la faisait pleurer dans la robe de sa mère.
    Mais elle ne pleurait pas. Ce n’était pas de la peur qui l’habitait, même pas une petite angoisse.
    L’aura de ravissement du loup était si imposante qu’elle ne pouvait tout simplement pas détester cet orage, aussi violent fût-il. Le cendré se délectait de chaque éclair, de chaque mugissement, de chaque coup de tonnerre. Le ciel courroucé se donnait en spectacle pour les beaux yeux du noble Animal. Comme une vieille amitié.
    Comme une relation construite et renforcée depuis la Nuit des Temps.
    Wolf, le fils de la foudre.

    Au bout de quelques minutes, elle finit par se lasser de ne faire qu’entendre. Elle desserra donc les paupières, au risque d’être à nouveau la proie de violentes hallucinations. Son instinct lui souffla distraitement de se concentrer sur un point fixe. La gamine ne se le fit pas dire deux fois, et ses iris s’orientèrent d’eux même vers le cendré, se fixant dans son dos comme s’ils ne voulaient plus jamais bouger. Comme si ce regard voulait clouter le loup contre sa fenêtre brisée.
    Le crucifier, peut-être.
    Que de violence…

    Mais lui ne semblait pas l’entendre de cette façon. Il se retourna, croisant le regard insistant. Le fer buta contre l’océan. Confrontation éclair.
    Match nul.
    Un rictus étira les traits parfaits du loup. Le regard de la fillette se teinta d’ironie mesquine.
    Il se détourna.
    Une victime chez l’ennemi.

    Puis il fuit, dignement, lentement. Il arrivait à être provoquant même le dos tourné.
    Impressionnant.

    « Dors. Je veille. »

    Voilà qui est rassurant. Une réplique digne d’un film stéréotypé américain. Lady Lilian réprima le sourire cynique qui lui dévorait irrésistiblement les lèvres. Après quelques pensées sans doute désagréables, le cendré accéléra le pas, crispé, et se dirigea rapidement vers la porte mal fermée.
    Avant qu’il n’en franchît le seuil, la fillette lâcha un:

    « Merci… »

    Fatigué. Un merci pour tout ce qu’il avait suffisait amplement. Pour les couvertures, les provisions, l’attention qu’il lui avait portée, la protection qu’il lui offrait.
    Même si cela le frustrait.
    Chacun son tour, mon cher loup.
    Le loup n’avait pas encore de collier, et ce n’était pas Lilian qui lui en mettrait un.
    Du moins pas un collier étrangleur.
    Pas combiné avec une muselière.
    Pas attaché par une chaîne à un piquet.
    Et pas dans l’immédiat.

    Une idée la frappa soudain.
    Il était encore parti.
    N’avait-il pas dit qu’il veillait? Il devait veillait à côté d’elle. C’était le principe même de la veille. Et puis il était protecteur oui ou non? Il devait bien lui servir à quelque chose.
    A moins que… Oui, lui il se trouverait un job sans problèmes dans un hôpital.
    Après tout, grâce soit rendue à son pouvoir, il pouvait sauver des vies, ranimer des gens pris d’une crise cardiaque foudroyante…
    Lilian le nota dans un coin de sa tête.
    Wolf - Vocation future envisageable: Défibrillateur.
    Là, elle divaguait totalement. En était consciente. Mais telle une droguée à l’héroïne, elle voguait dans son trip mental plein de jolie couleurs bien vives.
    Psychedelic Lilian.
    En plus d’être asociale chronique, névrosée, vénale, peureuse, méprisante, sournoise, rancunière, et plus globalement, gravement atteinte, elle était en plus une hippie qui s’ignorait.
    Décidant contre son corps qu’elle s’était assez reposée, elle tenta de s’asseoir sur le lit, ce qu’elle parvint à faire plus ou moins bien après cinq tentatives consécutives. Puis, avec la ferme intention de déplier ses jambes et de se redresse, elle poussa contre le matelas avec ses mains dans une petite impulsion pour se mettre debout. Pour la énième fois de la journée, ses membres la lâchèrent, et elle s’effondra sur le outrageusement dur. Elle n’y avait pas fait attention auparavant, mais quelque recoins plus poussiéreux que le reste de la pièce témoignaient d’un bout de moquette. Là où elle avait durement fait la rencontre de la réalité, il n’y en avait bien sur pas.
    C’est sur une surface de béton qu’elle se vautra on ne peut moins gracieusement.
    Mais l’effet droguant du mal qui la rongeait lui donna la force factice suffisante pour se relever tant bien que mal. Elle réussi à se redresser à demi, puis l’épaule appuyée contre le mur, elle avança vers la porte entrouverte par laquelle le cendré s’était enfui.

    Il n’avait pas le droit de la laisser.

    Titubant jusqu’au seuil, elle passa la tête derrière et observa les environs. Dans l’obscurité, elle ne voyait quasiment rien. Mais l’euphorie endiguant peur et raison, elle avança dans le noir. Fit plusieurs pas qui lui semblèrent les plus importants qu’il ne lui eût jamais été donné de faire. Puis elle buta sur quelque chose.
    Encore.
    Quelque chose chaud et fin, mais à son échelle.
    La chose en question se tourna brusquement vers elle, faisant miroiter dans l’ombre deux billes d’acier trempé.
    Une question informulée soufflée par une voix feutrée apparut dans chacun des deux esprits.



      I could corrupt you
      In a heartbeat
      You thins you’re so special
      You think you’re so sweet

      What are you trying?
      Don’t even tempt me
      Soon you(ll be crying
      I wish you trapped me


Dernière édition par Lilian le Ven 11 Juin - 23:58, édité 2 fois
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Curve
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Sam 5 Juin - 22:25

    « Il y a quelque chose de magnifique dans tes yeux ♥️


    ... Ah ; c'est mon reflet. »


      Dérobade.
      Pour une fois, le cendré fut ravi de ne plus percevoir de regard moqueur, fixé entre ses omoplates avec l’assiduité d’une moule déterminée a ne pas lâcher son rocher. Lui que d’habitude rien n’effrayait lorsque le silence était roi, lui qui affrontait les regards dans un aplomb majestueux et narquois, lui qui passait parfois des mois sans décrocher une parole … Voila que l’idée de sentir deux pupilles braquées sur lui l’insupportait. Le frustrait.
      Le poussait à fuir, comme le regard du carnivore pousse le cheval à détaler. La puissance d’un regard. Un pouvoir que chacun possédait, et que peu exploitaient.
      Évidement, il était tombé sur l’exception qui confirmait la règle.
      Mais au fond, n’étaient-ils pas tous deux, deux exceptions, deux marginaux qui glissaient le long des lois et diverses règles, jusqu'à en trouver la faille salvatrice ? Comme l’eau, ils savaient ou se situait l’interstice, et même s’il était minime, savaient s’y engouffrer.

      Quel talent.
      La réflexion lui arracha un sourire en coin, qui releva a peine la commissure de ses lèvres.
      Puis il s’engouffra dans le couloir sombre et salvateur.
      Essuyant sans un mot les remerciements de la gamine.
      Pila.
      Ferma les yeux, fronça les sourcils. Depuis quand le remerciait – on, lui, celui qui ne faisait jamais ce qu’il fallait quand il fallait ? Il ne remerciait pas plus qu’il n’était remercié. Se contentant d’un regard acier et lisse, dénué de prises, que les personnes qui l’avaient entouré avaient appris à ignorer. Trouver un signe de reconnaissance chez lui était synonyme de quête épique … Et totalement vaine.
      Même le chien ne remerciait pas son maître quand il avait a manger.
      Pourquoi s’abaisserait – il a ce niveau ?
      L’aide extérieure n’était pas de refus dans le besoin. Et cette aide la serait aidée en retour.
      La conception de Curve s’arrêtait la.
      Après tout, ‘’ merci ‘’ n’était rien qu’un mot.

      Ce fut donc avec un flamboyant dédain qu’il ignora Lillian.

      Il traversa le couloir sur toute sa longueur, frôlant du bout des doigts le lambri usé qui recouvrait la partie inférieure du mur, imitant a priori les arabesques aléatoires du bois. Visiblement, nettoyé et poncé, le revêtement aurait été du plus bel effet sur un mur de tonalité claire, comme du blanc cassé ou du beige doux et chaleureux. Ici, il n’était rien de plus qu’une couche laide de plastique troué et parfois même brûlé, se décollant par endroits et formant de disgracieuses bosses a d’autres.
      C’était franchement laid et inesthétique. Mais après tout, l’avis d’un oméga sur un revêtement usé n’intéressait personne. Et puis, Curve ne souhait pas être décorateur d’intérieur plus tard, et encore moins directeur d’une usine qui fabriquerait ces derniers.
      Il décolla donc ses doigts du mur, allongea le pas, et déboucha dans l’entrée, ou la pluie avait formé une large flaque ou se reflétaient crânement les tessons de verre brisé, vestiges arrogants de la porte vitrée qui avait autrefois gardé l’entrée.
      Distraitement, le loup songea qu’une photo de cette réverbération ferait sensation dans une galerie d’exposition, avec un titre bancal et faussement macabre, entouré d’un cadre de bois imitant le … Lambri de l’entrée.

      Il secoua la tête, et s’invectiva d’une façon tellement poétique qu’il vacilla un court instant. Bon dieu, des fois il était vraiment trop con.

      Cherchant donc inconsciemment de quoi nourrir son esprit avide, il tomba tout naturellement sur le chat roux, qui avait élu domicile sur une couverture moelleuse et d’un vert bouteille douteux. Bien qu’encore légèrement humide, le chat avait lavé sa toison orangée, et a demi sèche, celle-ci se gonflait d’un effet bouffant et légèrement torsadé, entourant le matou d’une auréole flamboyante et du plus bel effet. Deux yeux d’émeraude complétaient le tableau, bien plus acérés que le verre pilé qui tapissait les moindres recoins de la vétuste bicoque.
      Oui, le chat n’était pas banal. Il dégageait quelque chose. C’était diffus, mais le cendré pouvait le distinguer nettement, comme une légère pression autoritaire sur son esprit, qui cherchait a le faire ployer, pour qu’il lui témoigne du … Respect.
      La barrière neutre du cendré s’arma à son tour, luisant d’une féroce provocation, d’une détermination nuancée d’arrogante.
      Le gris affronta la mer olivâtre, l’épée fut brandie une nouvelle fois.
      Elle qui précédemment fendait l’eau, se devait de taillader la foret.
      Et puis soudain …L’épée vacilla.
      N’était – elle qu’un outil qui a l’instar des hommes, cherchait a dominer la nature toute entière ? Le garçon n’était – il au final d’un dominateur tyrannique et dénué de cette classe qu’il affirmait acquise et conquise ? Juste un microbe qui, malade de surestimation, dominé par des puissantes bien plus glorieuses, cherchait incessamment a dominer tout ce qu’il pouvait ?

      L’épée retomba dans un bruit mat.
      Le cendré aussi, rejoignit le sol sans omettre un seul bruit.

      Agenouillé devant le chat, tête haute toutefois, le vaincu darda un regard chancelant sur l’imposant matou, notant sans le vouloir que les méandres roux de son pelage tigré se mêlaient et se fondaient dans les replis du tissu crasseux sur lequel il était étendu.
      Un roi siégeant sur une décharge.
      Altier.
      Le loup inclina la tête vers la droite, se sentant confusément dans la peau d’un chaton devant sa mère, réclamant instinctivement une minute d’attention, cherchant assurer l’amour de ses ascendants.
      Austère humilité.
      …C’était pathétique.

      Le chat était vicieux. Il chercha a pousser son avantage.
      Lentement, ses oreilles se couchèrent sur son crâne, s’enterrant dans la masse belliqueuse de ses poils hérissés.
      Du Bluff.
      Un éclat acéré brilla dans les yeux du Loup.
      A trop vouloir gagner, il avait perdu.
      Le mur d’acier réapparut.
      L’épée aussi.
      L’hésitation elle, s’envola a tire d’ailes.
      Et alors que le tigré s’attendait a tout, sauf a une riposte offensive, le loup bondit.
      Et la main du garçon se posa avec morgue sur la tête du chat.
      Qui évidement, n’apprécia pas.
      Pas du tout.
      Il cracha, et referma hargneusement ses mâchoires sur la main de Curve.
      Du moins, le croyait – il.
      Car, stupide et narcissique, l’oméga restait toutefois le même. Et le chat, posant une nouvelle fois son regard d’émeraude sur son adversaire, se trouva face a face avec un loup affamé. Qui apparemment avait mangé le chaton blanc qui se tenait la, quelques secondes auparavant.

      S’opéra alors dans la tête du tigré, une suite de pensées logique.
      Ici, il était au chaud, au sec, confortablement assis et en plus il avait eu de quoi calmer son estomac affamé. Dehors il pleuvait, on le chassait a coups de pieds.
      Et il y avait des chiens.
      Ici, il n »y en avait qu’un. L’autre entité qui se trouvait la était perçue comme un félin non identifié, mais pas agressif.
      Le choix était facile.
      Le roi ravala sa dignité, l’enterra bien profond et en bon comédien qu’il était, se mit a .. Ronronner.
      Chose qui acheva parfaitement l’oméga. Qui subitement se trouva bien stupide tel qu’il était, assis en vindicatif seigneur en manque de pouvoir, la main posée victorieusement sur la tête ronde d’un chat comme il en avait vu et croisé par centaines.
      Bien joué.
      Géné, il se redressa. Toisa le chat.
      Et fut percuté sans ménagement par une chose non identifiée.

      Curve était rapide. Curve était endurant. Curve était intelligent. Curve était rusé.
      Curve n’avait aucun sens de l’équilibre.
      Curve, tout doué et béni par les cieux qu’il était, se trouva confronté a sa bonne amie, la pesanteur, et son allié, le centre de gravité qu’offrait son propre corps, tendu comme un arc au dessus du sol. Il bascula donc irrémédiablement vers le chat, qui décidément, aurait préféré continuer sous la pluie plutôt qu’arriver la.
      Poussant un cri aussi vindicatif que mental, le garçon perçut le sol – et le chat – qui se rapprochaient a grande vitesse. Étendant les bras, cherchant une prise la ou évidemment, il n’y en avait pas, le garçon allongea son corps dans un sursaut désespéré, tentant une réception glorieuse, craignant de percuter le félin déchu, il écarta les doigts, se tendit ; et finalement, retomba comme une merde, ses mains crispées sur un morceau de couverture, son ventre formant une arche au dessus du chat, étrange survivant de ce cataclysme Lillicurvien.
      Bien bien bien. Résumons.
      Il était donc a quatre pattes au dessus du chat, agrippant avec l’énergie du désespoir la couverture crasseuse, priant qu’elle tienne bon pour qu’il ne s effondre pas, la tête dans le mur en écrasant le chat.

      Un filet raque fila entre ses dents, grommellement du loup cloisonné entre deux rochers, devinant entre ses pattes la présence d’un prédateur venimeux.
      Mis a part que le loup tenait naturellement sur autre pattes. Et qu’il n’avait pas a s’inquiéter si oui ou non cette damnée couverture allait lâcher avant qu’il ne se relève.
      Une seconde passa.
      Puis lentement, l’oméga se stabilisa, dégagea une main du tissu, la posa sur le mur, fit de même pour l’autre, et lentement, se redressa.
      Sauf que.
      Sauf que le chat, lui aussi, était rancunier. Tout comme le buisson enneigé, comme le rat du placard, tout comme Curve, il ne supportait pas la défaite. Et visiblement, il n’avait pasdu tout aimé ronronner pour sauver sa peau.
      Il se releva.
      Et Curve fut, sans doute pour la première fois, confronté à un joueur aussi vicieux et talentueux qu’il l’était lui-même.
      Car le chat ne griffa pas.
      Ne mordit pas non plus.
      Il ne feula même pas.

      Ses yeux s’étrécirent lentement, comme s’il prenait un malin plaisir a torturer l’instable cendré.
      Se releva, s’étira.

      Et vint coller son corps délicieusement chaud et doux contre les bras nus du Loup, un sourire carnassier relevant ses babines aux dents aiguisés.
      L’oméga paria ses deux jambes qu’il allait mourir sur l’instant. Préparant mentalement l’arrêt de son coeur martyrisé qui tempêtait follement, il serra les dents, les pupilles dilatées a un point tel qu’il ne doutait pas que le gris de ses iris était désormais réduit a une fine bande d’un demi micromètre.
      Et le chat jouait.
      Sans ronronner toutefois, preuve qu’il s’agissait bien d’un jeu que seuls eux pouvaient comprendre, le félon orangé se glissait entre les bras du garçon, repassait entre eux, collant avec provocation son corps au sien, effleurant la peau du futur trépassé de son manteau satiné et narquois.
      Curve ne parvint a supporter q’un bref instant cette étrange danse. Et une fois de plus, s’avoua vaincu en se redressant d’un mouvement brutal. Qui ne parvint même pas a faire sursauter le matou. Nullement effarouché, le chat s’assit face a lui ; cilla, puis lui offrit un sourire arrogant, et entreprit de lécher son antérieur droit, qu’il passait par a coups derrière son oreille.

      Oui merci. On avait tous remarqué qu’il pleuvait.

      Le Loup se retrouva donc a genoux, l’air légèrement hagard de celui qui a loupé une marche et qui heureusement, a pu s’accrocher a une quelconque rampe salvatrice.
      Puis il tourna la tête.
      Devina Lillian.
      La maudit avec foi.
      Prit une respiration, cherchant a se décrisper. Regarda le chat pour ne pas avoir a la regarder Elle. Pour la simple et bonne raison qu’il haïssait le fait qu’il doive lever la tête pour l’avoir en point de mire.
      Et lâcha enfin sur un ton neutre quoique fort sombre

      « Et bien entendu, tu ne me cherchais pas. »

      Allez. Mens. Que je te présente au chat ; que tu goûtes a ses griffes. Allez.
      Oh oui, il devinait bien q’elle riait dans un coin de osn esprit, a le voir se débattre avec un chat sournois et faussement affectueux. Comme il devait être ridicule, a froler l’apnée a chaque fois que le chat s’amusait a le toucher…
      Il laissa filer quelques secondes, le temps que le rouge sanglant de la vengeance se dilue peu a peu avec son sang bouillonnant encore dans ses veines.
      Le temps qu’elle comprenne, aussi, qu’il avait frôlé l’infarctus, que la fin du monde s’était déclenchée dans son univers personnel quand il avait soudainement perdu l’équilibre. C’était réellement angoissant de voir le sol approcher de son visage alors qu’il était certain d’être parfaitement stabilisé. Et de croire qu’un chat vindicatif allait déchirer sa peau de coups de griffes meurtriers alors qu’il décidait sur un coup de tête de jouer avec ses nerfs.
      De tortionnaire, il était passé a victime.
      Et son bourreau était un chat.
      Y’avait de quoi se pendre.

      Après avoir confirmé son état d’être encore vivant – pour le moment – l’oméga se décida à se relever, et à reprendre la position de dominance physique – car plus grand – vis a vis de Lillian. Interrompit son mouvement en croisant le regard du chat. Tendit la main, que le félin esquiva d’un mouvement faussement las. Fous moi la paix gamin, je suis le patriarche ici. L’autorité du male belliqueux n’étant pour le moment, pas a contester, le cendré se releva enfin, et s’épousseta d’un mouvement automatique, chassant d’un geste leste la poussière qu’il avait ramassée en jouant au plumeau a coté des murs plus que souillés par le temps.
      Jeta un regard a Lillian. Descendit lentement ses pupilles, la scannant de bas en haut, notant les tremblements de sa peau, la précarité de son équilibre.
      Qu’elle ne compte pas sur lui pour la ramasser si elle avait le malheur de tomber.
      Après tout, trop de gentillesse tuait le mythe du mur infranchissable. Il lui avait offert un toit, de quoi se réchauffer et se nourrir, et du silence comme on en trouvait rarement. Il n’allait pas en plus se transformer en prince qui correspondrait a merveille avec ses critères.
      Même si franchement, il doutait que son prince a elle ressemble a ceux des autres midinettes, elle n’en restait pas moins une fille hétérosexuelle avec un stéréotype particulier de compagnon parfait.

      … Et elle n’avait toujours pas répondu à sa question.
      Il releva les yeux, la transperça d’un regard implacable.
      Il lui laissait trente secondes pour se trouver un prétexte qui tienne la route.


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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.

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Lilian
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Jeu 10 Juin - 0:12



      Et quand nos mondes
      Se désagrègent
      Quand les murs s’effondrent
      Bien qu’on le mérite peut-être
      Alors ça en vaudra la peine…

      Crois moi, ça en vaudra la peine…




    « Merci… »

    Il s’arrêta net sous l’encadrement de la porte qu’il avait pour intention de traverser. Son dos sembla se contracter un instant, accentuant les plis de sa chemise. Une réflexion légère parut traverser son esprit un instant, puis il se relâcha imperceptiblement. Presque avec déception. Il releva le tête, et sans le voir, Lilian put deviner sans problème un dédain doucereux s’esquisser sur ses traits parfaits.
    Il l’ignora
    Ou plutôt, il voulut le faire paraître. La fillette n’attendait de toute façon aucune réponse. Un merci était un merci, y rajouter une formule de soi-disant politesse était désuet, et selon Lilian, on ne peut plus inutile et irritant. Après un « de rien », un « avec plaisir », un « je vous en prie », les conversations n’en finissaient plus. Et Lilian n’aimait pas les conversations. Pire, elle détestait par-dessus tout les discussions de groupe. L’effet de meute y était quasi-immédiat, et accentuait encore l’image d’un monde peuplé de clébards.
    Merveilleux.

    Le cendré l’ignora, donc, et parti au pas de course dans le couloir miteux, désirant échapper à quelque chose dont elle ignorait la nature. Elle puait? Ce n’était pas improbable, après une bonne partie de la journée passée dans un placard miteux et puant le renfermé. Mais à ce point…
    Et puis après tout, là n’était pas le problème. La Reine Lady Lilian avait déjà fait son choix. Et à ses yeux, il devait être à ceux de tout le monde de première priorité de satisfaire pleinement son désir.
    Or, elle n’avait pas de fidèle conseiller. De secrétaire. Ou même de valets pour exécuter ses ordres divins…
    Il fallait vraiment tout faire soi-même.
    La blonde rouvrit les yeux, et le monde se remit en branle. Les murs, devenus roses, se mirent à dégouliner comme des marshmallow laissés dans un feu de camp. Comparaison aussi bancale que l’univers dans lequel elle se trouvait à présent. A côté d’elle, derrière le matelas, le sol était tantôt en ébullition, tantôt fissuré comme après un tremblement de terre. Lilian se recroquevilla dans son matelas in extremis, cherchant à échapper aux hallucinations trop réelles. La lino miteux et troué qui recouvrait le sol de la pièce dégoulinait vers elle en une marée grisâtre. Le plafond lui-même semblait se vider de sa contenance, simulacre blafard et poussiéreux d’un ciel nuageux.
    Et l’orage grondait toujours.

    Mue par une volonté farouche et un désir absolu, la gamine prit appui sur ses coudes, puis se redressa aussi vite que lui permettait son état. Elle dégagea ses pieds de l’épaisse couverture d’un mouvement vif, puis poussa sur ses bras et ses jambes pour se lever. Elle y parvint. Tituba. Et enfin, finit par se stabiliser les bras légèrement écartés de son corps pour garder un certain équilibre. Les visions qui l’accablaient ne facilitaient pas les choses, mais animé par sa détermination, son corps avança.
    D’un pas lent et mal assuré, elle rejoignit la porte de l’appartement miteux, et la franchit.
    Enfin.
    Elle se rapprochait de l’objet de sa quête.

    L’épaule appuyée contre le mur, elle avançait difficilement, laissant sa main suivre le relief accidenté du lambris miteux accroché au mur de béton armé. Le noirceur du lieu n’empêchait pas les hallucinations dégoulinantes de la tourmenter. Un sang noir suintait des fissures du mur opposé, traçant de funestes sillons sur la paroi bétonnée. Cette image la remplit d’un profond malaise. Détournant le regard, l’océan tourmenté de ses yeux se posa sur le mur qui la soutenait. Ses pupilles s’étrécirent sous le coup de l’effroi, le liquide noir coulait dans sa direction, glissait sur son épaule, son cou, maculait sa main. Un violent mouvement de recul la fit vaciller. U, dégoût et une terreur abjecte s’emparèrent de son esprit dérangé, chassant tout réflexion, barrant la route à la logique commune. Ce n’étaient que des hallucinations. D’ignobles hallucinations, dont elle ressentait la présence physique.
    Des illusions réelles.
    N’était-ce pas son concept de la réalité?

    Telle l’animal farouche traqué, et n’ayant plus aucune possibilité de fuite, elle recula au centre du couloir puis se forçant à oublier son état de faiblesse, elle se mit à courir, laissant la marée de jais se refermer derrière elle, et poursuivre sa lente ascension liquide.
    La fièvre ajoutée à la course la déshydrata complètement.
    Au moment où ses foulées se faisaient plus hésitantes, où son souffle se déréglait, où son cœur s’affolait, elle percuta quelque chose.
    Buta sur ce qu’elle cherchait, manquant de peu de se vautrer une énième fois.
    Lui, ne manqua pas.
    Déjà dans une position d’équilibre précaire, une collision avec une gamine blonde et affolée l’acheva. Il bascula sans pouvoir se redresser, ou bien se laisser tomber sans danger. Juste sur son point de chute se trouvait bien installé dans ses couvertures un chat au sourire si évident qu’il aurait sans doutes put arborer un pelage rose rayé de violent en restant le plus crédible au monde. Mais son sourire Cheshirien disparu bien vite à l’approche trop rapide d’un corps humain en chute libre. Voyant le poids de la mort s’abattre sur lui, il le regarda s’approcher béatement, ce qui confirma l’hypothèse de Lilian: Les animaux ne disaient rien à l’approche de la Mort.
    Elle ne savait pourtant si le chat était soulagé par la tournure des évènement ou bien déçu: le Loup ne s’écrasa pas sur lui. Dans une position improbable, tendu comme un arc au-dessus du félin, le cendré tentait de se maintenir en équilibre grâce à la couverture à laquelle il était accroché. Si celle-ci avait lâché, et si Lady L. avait été dans son état normal, sans doute aurait elle éclaté de rire devant la scène.
    Mais l’heure n’était pas aux démonstrations de joie. La nuit commençait déjà à déchirer le ciel de ses griffes, et les nuages siège de l’orage grondant n’aidaient pas à rétablir la luminosité du lieu.

    Un grognement tardif siffla comme un courant d’air entre les mâchoires crispées du prédateur en mauvaise posture. Puis avec une lenteur calculée, mesurée, et surtout soucieuse de ne pas briser la fragilité de l’ensemble, il déplaça son poids sur le côté, puis réussi à se stabiliser sur une main. Si elle n’avait pas été aux prises avec quelques hallucinations et le désir impérieux qui l’avait poussée à le retrouver, lui, Lilian aurait applaudi ce tour de force. Il plaqua ensuite sa main droite contre le mur d’en face, s’y appuyant pour retrouver sa stabilité, puis y posa l’autre, esquissant un mouvement pour se redresser. Il ne parvint pas à achever totalement son geste. La fillette ignorait ce que le gris avait fait au chat, mais celui-ci était sans aucun doute de nature vicieuse. Peut-être rancunière, aussi.
    Le greffier s’étira avec langueur, presque ennuyé de ce Jeu qui avait été mis en pause par l’arrivée remarqué de la gamine blonde. Il ne l’aimait pas, mais se voyait en elle comme un reflet déformé dans un miroir.
    Or, elle avait les yeux bleus.
    Les siens étaient résolument jaunes, et bien plus étroits. Bien plus vils.
    Son corps souple se coula sous l’avant bras du cendré, frôla sa peau nue sous sa chemise entrouverte et humide, se colla contre les bras du garçon au regard assombrit.
    Ce regard d’acier était devenu noir. Ses pupilles étaient si dilatées que la fillette crut un instant qu’il allait faire un arrêt cardiaque ou une rupture d’anévrisme. Pire que ça, elle crut qu’il allait suffoquer, s’étouffer sous ses yeux bleus qui ne supporteraient jamais une telle horreur.
    Elle en avait vu des choses.
    Mais celle-là était certainement celle qu’elle craignait le plus.

    Sachant que peu importe ce qu’il ferait, sa défaite était évidente, de frustration et d’orgueil, de dépit et de colère, il se redressa brutalement. Le chat sauta à terre comme si de rien n’était, reprenant ses place chaude et à peine dérangée sur ses couvertures. Détourna son acier du jaune sarcastique, le cendré se rendit compte de la présence de Lilian.
    Il tourna alors légèrement mais vivement la tête du côté opposé, se concentrant de nouveau sur le chat roux.
    C’était bien vrai alors. Les gens fuyaient son regard de peur des réponses qu’ils pourraient y trouver…
    Mais lui, lui qui l’avait regardé en face, droit dans les yeux, ne pouvaient fuir maintenant…
    Il ne pouvait pas.
    Pas lui.

    Un ordre impérieux vint à l’esprit de Lilian. Un ordre qu’elle prononcerait d’une voix claire et tranchante comme un couperet, coupant toute possibilité de refus. Elle ordonnerait comme la Reine qu’elle était, L’ Impératrice névrosée, avide de tout sauf des conséquences omniprésentes, paradoxe jamais remis en cause, phobique de choses qui pour le tiers monde, n’avaient aucun sens.
    L’Impératrice aussi méprisante que méprisée, aussi légitime que discutée.
    Autoproclamée, acceptée d’un accord tacite entre son être endolori et son dieu Loup.
    Et sa déesse la Mort qui ne l’avait pas encore contactée.


    «  Et bien entendu tu ne me cherchais pas. »

    Attendait-il d’elle qu’elle nie? Qu’elle démente avec fureur cette affirmation si gênante, si compromettante pour le Loup? Sa question se posait plus sous la forme: « Je te manquais à ce point? »
    Même si elle avait été dans son état normal, même sans la brume qui l’empêcha de répondre à l’ironie frustrée du prédateur, elle aurait répondu la même chose.

    « Si, justement. »

    Affirma-t-elle sans aucune hésitation. Sa voix tremblait mais seule la fièvre en était la cause. Elle était consciente de ce qu’elle disait, à moitié de ce qu’elle pensait, au quart de ce qu’elle désirait.
    C’était flou, incompréhensible et insupportable. Elle avait envie de crier, de pleurer, de taper du pied sur le sol pour se faire entendre de cet esprit d’acier. Elle avait envie qu’il la regarde.
    L’acier était tellement intéressant.
    Tellement tentant.
    Un défi qu’elle ne pourrait jamais refuser…

    Il se releva. Tenta une dernière approche du chat qui s’esquiva en feulant, mettant fin à tout espoir de Jeu. Sir Wolf semblait soucieux de reprendre sa position dominante dans la chaîne alimentaire. Il la dominait d’une tête, et prenait à malin plaisir à la regarder de haut, plissant à demi les paupières. Il ne le fit pas aussi ostensiblement à cet instant, se contentant de la scanner de haut en bas. Se gardant de trop bouger, la fillette ne put s’empêcher de tourner la tête vivement, apercevant du coin de l’œil le liquide noir suinter de ce mur là aussi. Il était tout près du Loup.
    Cela ne lui plaisait pas.
    Regarde moi…

    « Tu as peur? »

    De moi?. C’était sans doute là le comble de la soirée. Lilian la reine effarouchée mettait mal à l’aise le loup prédateur qui pouvait la dévorer si le cœur lui en disait. Elle devait en être sûre, même si elle doutait qu’il réponde à sa question.
    Il était trop fier.
    Trop orgueilleux.
    Son image avait été mise à mal par un chat odieux, et cela le mettait hors de lui.
    Non, il ne lui répondrait sans doute pas.
    A moins qu’il ne décide de la surprendre…

    Le liquide noirâtre ruisselait sur le mur derrière le gris. Détournant très légèrement son regard, elle l’orienta vers ce suintement qui l’effrayait plus que tout. Ça le toucherait bientôt. Ça le salirait. Les corromprait…Son regard, dirigé par la peur, était aimanté par la substance visqueuse. Mais ce qu’elle voulait, ce qu’elle désirait vraiment, c’était le regarder, lui.
    Le voir, tout entier, magnifique, inférieur et imposant, furieux, frustré, crispé.
    Elle voulait voir ce dépit splendide briller d’un halo argenté dans la noirceur et la moiteur du lieu.
    Et son esprit torturé tournait dans le vide.



      Suis moi, regarde moi…
      Crois moi, ça en vaudra la peine…
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Curve
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Sam 12 Juin - 21:45

    Comme si je sortais de prison
    après vingt ans de réclusion





      « Si, justement. »

      Quelle provocation de sa part. C’était tellement insolent, tellement vil, tellement, tellement .. Il en aurait ronronné. De ravissement, sans doute. Car si elle était la reine qui ordonnait, lui était le chasseur chassé, le félon trompeur et incernable. Le maître chanteur, le virtuose joueur, le musicien d’une trame qui a défaut d’être musicale, était sentimentale. Oui, il savait, il savait comment faire pour provoquer la joie, la peine. Il savait susciter la terreur ou la crainte, l’admiration ou la timidité. Il pouvait provoquer le plus rustre des manants, il savait comment éveiller une dévorante curiosité dans les yeux une noble au teint lacté.
      Il savait.
      Et voila qu’alors qu’il jouait sur le grand échiquier de l’impératrice, alors qu’un des pions insubordonnés attaquait sur le plateau miroitant, elle se penchait vers lui. Elle, qui maniait le jeu et les règles, qui supprimait ou créait des pions a volonté, s’était soudainement intéressée a cet incernable cavalier cendré.
      Et de maître du jeu, elle était devenue pion, selon son propre désir.
      Elle avait quitté son trône, détruit son palais, laminé sa lignée pour jouer. Oh, évidemment, elle ne s’attendait pas a ce que les lois qu’elle-même avait formées étaient aussi abruptes, aussi rudes. Mais elle s’y pliait, désormais prisonnière de la sphère du Jeu, qui inlassablement, revenait.
      Maladroite au début, elle avait tâté le terrain, esquissé des faux pas immédiatement rattrapés. Elle sondait l’endroit, prudente mais déterminée, d’une ruse et d’un allant qui ne faiblissait pas. Elle prenait le rythme infernal, dansait enfin a la bonne cadence, avait harmonisé son cœur et son âme.
      Symbiose.
      Alors maintenant, elle jouait.

      La présence de son malaise gâchait quelque peu la joie du jeu repris, de la valse interminée. Car elle vacillait, et alors que son esprit devait se focaliser sur un unique but – gagner – elle s’éparpillait lentement, comme de la poussière au vent.
      L’habitude viendrait, après tout. Une fois formée, le cendrait le savait ; elle serait redoutable. Alors, ravi de ce qu’il était, de son odieuse arrogance, il profitait de sa faiblesse pour avancer en terrain ennemi, se servant de chaque prétexte pour gagner encore plus de place, pour l’envahir, elle.
      L’idée de la ménager ne l’effleurait même pas.
      On était reine, ou on ne l’était pas.


      Elle contra, donc.
      Avec fermeté, sur un ton qui ne laissait aucun doute. Du moins, en apparence. Curve lui, doutait toujours. Il se plongea donc avec délices dans les significations profondes de cette phrase a double sens.
      Avait – elle répondu ceci, uniquement pour le détromper ? Pour ne plaisir de ne pas acquiescer, pour avoir la satisfaction de dire le contraire de ce qu’il avait établi comme fait accompli ? De la répartie sans attention, lâchée effrontément, sans une once de réflexion.
      Ce n’était pas son genre. Mais ça aussi, c’était tout a fait subjectif.
      Restait donc un fond de vérité.
      Il lui manquait.
      La réaction ne lui fit pour ainsi dire, ni chaud ni froid. Car oui – oh, merveille de l’esprit curvien – il lui arrivait, rarement, de distinguer le chemin méthodique de ses pensées a l’abrupte réalité. Et rien ne lui disait que c’était le cas. Il y avait une foule d’hypothèses a envisager pour expliquer pourquoi elle avait quitté son nid douillet, aménagé avec amour et … Poussière.
      Le matelas était peut-être inconfortable. Il lui grattait. La blessait. Ou alors elle n’aimait pas l’état extrême de saleté de ce qui lui faisait office de lit. Elle avait très bien pu eu avoir soudainement mal aux jambes, et ses membres gourds lui avaient demandé de l’oxygène. Elle s’était donc relevée, et au lieu de tourner en rond, avait obliqué vers lui.
      Elle avait pu avoir une illumination, un besoin urgent de lui dire quelque chose et précipitamment, elle avait bondi sur ses pieds pour l’en informer.
      Quoique cette dernière hypothèse possédait quelques failles : elle ne semblait même pas apte a aligner deux pensées cohérentes, et semblait prête a s’effondrer au moindre souffle d’air.
      Et puis, elle n’était pas aussi impulsive.
      Elle avait pu avoir un besoin urgent, aussi.
      Et cherchait en toute innocence, les vénérables cabinets.
      … Disons que si la dernière idée s’avérait vraie, il la regarderait différemment.
      Comme une .. Humaine.
      Même si c’était le cas. Même si lui aussi en était un.
      Même si aucune idée ne se révélait vraie, ou si toute l’étaient.

      Ou peut-être qu’elle avait eu justeenvie de le voir.
      Lui.
      C’était comme le pardon. Il n’assimilait pas.
      En tant qu’asocial majoritairement reconnu par l’ensemble de l’orphelinat, il était fui, craint, détesté, envié, mais surtout, évité. Ce qui était exactement ce qu’il désirait.
      On le regardait, de loin. Certains avaient bien tenté quelques approches peu convaincues, que le Loup en lui avait su effaroucher d’un simple grondement préventif.
      Piqûre de rappel.
      Ainsi, on observait le Loup, sans jamais chercher de le dompter, à l’éduquer.
      Et Curve était resté tel quel.
      Sauvage.
      Pas comme les enfants des bois, héros imaginaires des films plus désespérant les uns que les autres. Il savait se tenir, il était, lui, doué d’un cerveau en parfait état de marche, et une démarche cognitive souvent même supérieure a la moyenne. Mais Curve n’était pas socialisé.
      Curve était un solitaire, qui fuyait la meute.
      Ce que son esprit originel de survie désapprouvait fortement. Mais lui aussi s’était adapté. Et au final, le loup était resté loup. Dans tout ce qu’il faisait. Il prenait sans rendre, voulait sans proposer, considérait comme acquis ce qui était encore vacillant.
      Et il ne voyait pas l’intérêt des relations humaines, s’il ne pouvait pas en tirer profit.
      Dans la situation présente, Lillian était un nouveau jouet ; un peu trop fragile et précieux pour être détruit, un peu trop rare pour être ignoré.
      Et contrairement aux autres, le mode d’emploi n’était pas fourni.
      Ainsi était sa vision des choses : tant qu’il ne pourrait pas lire en elle, savoir a quoi elle pensait, que qu’elle avait fait ou ferait ; elle se révélait intéressante, voir même complètement captivante.
      Lorsque le Loup deviendrait omniscient a son sujet, le jouet perdrait tout intérêt.
      Et il ne la garderait pas comme trophée, non.
      Elle partirait par le vide ordures, et sans la moindre compensation pour l’avoir occupé.

      Mais Joujou-Lillian maintenait lemême stade depuis une bonne journée, et le Loup restait tout a fait bloqué sur le mode ‘ fascination ON ‘
      Envoûté, hypnotisé.
      Mais d’une toxicité tenace, d’une féroce détermination.
      Le joueur et le jouet étaient deux adversaires de taille.
      D’autant plus que le jouet savait comment faire plier le Loup.
      Restait à savoir quand elle s’en servirait.
      « Le Jeu était un mode de vie.» songea le cendré.

      Ce qui lui rappela qu’il n’avait toujours pas daigné lui répondre. Il cilla, cherchant une énième fois a stabiliser le flux de ses pensées, et détourna son regard du chat, qui soutenait avec morgue son regard depuis … Depuis quand ?
      Éludant la question par un battement de cils rêveur, il chercha du regard la gamine blonde, dont l’ébouriffée chevelure formait une tache flamboyante dans l’obscurité maîtresse en ces lieux. Quelle heure pouvait – il être ? Tard, sans doute. L’heure de se coucher ? Il analysa rapidement son état physique, songeant qu’effectivement, le loup avait bien besoin d’une cure de sommeil. La simple idée de dormir sur le matelas défoncé lui ôta toutefois l’envie de somnoler franchement. Mais en étalant quelques couv…

      « Tu as peur? »

      Merde.
      Décidément, il n’était pas biologiquement constitué pour tenir une conversation, même si elle durait l’espace de deux minutes. Un rien le faisait dériver, un simple mouvement l’embarquait loin, si loin de ce monde dénué d’intérêt…
      Il fit donc un effort pour éviter de penser et braqua un regard insondable sur sa silhouette pale, tel l’archer décochant une unique flèche.
      La flèche fit mouche.
      Un léger sourire apparut sur les lèvres du cendré, cependant invisible, caché a demi dans une épaisse flaque d’ombre. Et étrangement, il eut envie d’approuver. Tout comme elle l’avait fait, quelques minutes – secondes ? – auparavant. Elle s’attendait a une répartie cinglante, a un silence dédaigneux.
      A tout, sauf une affirmation.
      Ce fut donc avec joie qu’il se lança dans le trou qu’elle avait soigneusement creusé à son attention.

      Il cilla paresseusement, et son sourire s’élargit en une moue carnassière et persifleuse, alors que son aura se modelait en un voile translucide d’une ironie vaporeuse et difficile a cerner.
      Caractéristique.
      Il avança d’un pas – bien qu’elle ne soit déjà extrêmement proche – et approuva d’un mouvement lent de la tête, l’inclinant sur le coté comme il avait coutume de le faire, avant de lever le bras – encore.

      « Effectivement, je suis … »

      Il abaissa légèrement ses paupières, l’observant de coté, percevant la moindre vibration de sa peau, le bruit léger de son souffle, les mouvements pendulaires de ses cheveux détachés.
      Et ses doigts caressants effleurèrent son menton ; s’en emparèrent délicatement, le remontèrent.
      Les yeux du loup s’ouvrirent, un sourire presque cruel s’empara de ses lèvres, une étincelle moqueuse irrigua ses yeux sans couleur.
      Elle était son jouet.
      Il avait tous les droits sur elle.
      Elle lui appartenait. Parce qu’il ne la comprenait pas, parce qu’elle l’intriguait, parce qu’il la suivait tout comme elle l’avait suivi. Elle n’avait tout simplement pas le choix, pour la simple et bonne raison qu’il avait décidé qu’a partir de maintenant, il en serait ainsi.
      Et son ton coula comme du velours liquide, susurré en une affirmation aux accents sardoniques.

      « … Terrorisé ? »

      Bon sang, comme il aimait ça.


      Il se détourna après avoir maintenu la tension l’espace de quelques secondes, choisissant lui-même de mettre fin au contact plutôt qu’elle ne le fasse d’elle-même. Démontrant ainsi qu’il contrôlait absolument tout.
      Les mains plongées dans les poches, ignorant délibérément l’état fiévreux dans lequel elle se trouvait – a vrai dire, il n’en avait cure ; il lui avait fourni de quoi se remettre, il n’allait pas en plus la gardienner – il vint se planter d’un pas aérien devant la porte défoncée, sa silhouette fuselée se découpant en demi teinte sur la faible luminosité du soleil agonisant.
      L’orage était passé, la tempête se faisait bruine.

      Le loup ferma les yeux, inhalant l’odeur de la colère céleste mêlée à la terre détrempée, gagné par une austère bienfaisance.
      Son monde lui convenait.



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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.

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Lilian
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Dim 13 Juin - 16:57


      Tu me réclameras, quand tu auras besoin de quelqu’un à blâmer
      Tu me réclameras, me supplieras de poursuivre le Jeu



    Le liquide noirâtre suintait toujours des murs décrépis, traçant paresseusement son chemin entre les fissures, venant gonfler le ruisseau déjà formé à leur pieds. Il inondait déjà ses chaussures, et montait de plus en plus vite. Quelques secondes plus tard, ses chevilles étaient totalement immergées. Les pupilles de la fillette se dilatèrent sous l’effet de la peur. Du dégoût. De la répulsion extrême que lui inspirait cette matière immonde. L’océan de ses yeux fut soudain cantonné à un léger cercle autour du disque d’un noir profond.
    Ça ne lui plaisait pas du tout
    Et l’autre cendré, qui ne semblait même pas affecté. Était-il aveugle? Ou bien sourd? Ou bien totalement dénué de sensibilité aux sensations de ce monde?
    Il aurait dû le sentir, ça.
    A moins que se ne fût son esprit à elle, qui fût en plein délire psychosomatique.
    Mais dans l’état actuel des choses, ce-dernier ne semblait pas capable de réfléchir sur lui-même. Ou peut-être n’en avait-il tout simplement pas envie.
    Elle avait tendance à considérer son esprit comme une entité à part. Quelque chose qui contrôlait son corps. Elle avait sa volonté, son esprit avait le sienne, qui l’emportait toujours sur l’autre.
    Lilian était esclave d’elle-même, et n’y pouvait rien changer.
    Quelle tristesse, quelle frustration de ne pouvoir se contrôler soi-même…
    Surtout que la perte de contrôle est peu recommandée, ou bien utilisée seulement en stratégie de dernier recours, pendant le Jeu.
    Elle l’avait appris à ses dépens, elle qui avait établi les règles, crée les pions, mit en place le plateau miroitant. Ces règles qu’un cavalier charbonneux et bien trop orgueilleux avait tournées et détournées à sa guise…
    Ce cavalier qui la servait en la corrompant de ses mots, de sa voix, de son regard, de son seul contact. Celui qui se plaisait terriblement à créer chez sa Reine des émotions contraires, ignorant avec morgue et insolence son esprit autonome.
    Lui qui la tourmentait constamment, Elle qui aimait ça.
    Elle aimait tellement qu’il s’intéresse à elle. Tellement qu’elle le ferait monter sur son trône sans la moindre hésitation, lui offrirait sa couronne…
    Pourvu que jamais le cavalier-Loup ne s’éloigne…

    Hautaine, elle tendit la main au cavalier incliné, qui arborait un sourire odieusement satisfait…
    Dans de nombreuses interprétations d’érudits condescendants, la valse était associée à la Folie. Merveilleuse folie teintée de noir, dégoulinant par tous les pores de sa peau…
    Plongée jusqu’au cou dans le liquide de jais, elle ne chercha pas à relever la tête. Ne se débattit pas. N’esquissa même pas un geste.
    Elle se laissa engloutir.
    Pourvu que, tout fascinant et provocateur qu’il était, elle pût s’immerger avec lui dans ce nouvel espace…
    S’y agripper.
    Dans la nouvelle aire et ère de Jeu.
    Ils joueraient. Oh oui, ils joueraient…

    Parce que les conditions l’exigeaient, et parce que son âme avide le réclamait, elle s’adapta. Laissa son esprit s’imprégner des règles, les laissa couler dans ses veines, puis irriguer son cœur.
    Un sourire malsain étira ses lèvres l’espace d’un instant.
    Fugacité, Dédain, Vulnérabilité, Puissance.
    Elle était tout et rien à la fois, magnifique et ignoble dans sa puissance incomplète, dépendante, contestée.
    Reine non conventionnelle.
    Et possessive. Jusqu’à présent, elle avait considéré le Loup comme une bête magnifique et orgueilleuse, dont elle ne pourrait jamais brimer la liberté. Le Jeu avait changé la donne. C’était à celui qui possèderait l’autre en premier, bien que chacun considère déjà ce fait comme acquis.
    Là était bien le problème, ils ne pouvaient s’appartenir sur un pied d’égalité comme son esprit faible l’avait d’abord souhaité… Maintenant, elle voulait gagner.
    Lui être supérieure. L’écraser, le corrompre qui il l’avait fait, ou bien d’une autre manière…
    Elle voulait simplement incarner pleinement l’égoïsme qui grondait toujours dans cet esprit détaché de son corps, furieux d’être retenu par quelques chaînes rouillées mais tenaces. Elle voulait devenir quelqu’un, ou plus détestable encore, quelque chose.
    Un sentiment à part entière ou bien un monstre d’égocentrisme. Lassée de se mépriser elle-même, ou d’être dédaignée par ces pensées qui n’étaient pas les siennes.
    Schizophrénie avancée.

    Sa question fusa. Il cilla, comme pris au dépourvu. Sorti d’une rêverie qui n’avait que trop duré, ses pensées plongées dans des réflexions métaphysiques n’intéressaient la Reine que si elles la concernaient.
    Elle s’était bien vite habituée à ce léger changement de personnalité.. Ne penser qu’à elle-même. Ne décider que par elle-même. Et ne s’intéresser qu’à Lui.
    Lui qui leva les yeux vers elle, vrilla son acier dans l’océan. Un sourire narquois apparut au coin de ses lèvres. Le même lui fit écho sur les lèvres de Lilian.
    Il s’intéressait de nouveau à elle.
    Implicitement, elle aurait put s’attendre au genre de réponse qu’il allait donner. Prenant conscience de son caractère, et de la réponse de la Reine juste avant, c’était presque évident. Mais elle était joueuse. Masochiste aussi.
    Elle gomma ses doutes, ne laissant qu’une toile vierge d’innocence volontaire. Quel intérêt de lire la fin d’un livre avait le début.
    Le léger sourire du prédateur devint odieux, presque cruel. Elle en eut un délicieux frisson.
    Il se redressa légèrement, puis avança d’un pas, réduisant les centimètres qui les séparaient à une poignée de menus millimètres. Indécent.
    Outrancier.
    Outrageux.
    Un Pion si pratique, si intelligent… Un vrai criminel. Mais elle ne pouvait tout simplement pas s’en débarrasser… Avec qui aurait-elle put jouer?
    En un mouvement d’une lenteur calculée, il leva un bras plié. Baissa légèrement les paupières sur ses iris d’acier trempé, inclina la tête de côté. Provocateur.
    Ses doigts remontèrent, l’effleurèrent, la saisirent.
    Il remonta le menton de la fillette vers son visage marmoréen, dévoré par la pénombre. Un sourire odieux étira largement ses babines. Ses yeux se parèrent de reflets moqueur. Il voulait la faire plier comme ça… Par contact, par cette proximité qu’elle détestait tant… En temps normal.
    Intérieurement, elle était plutôt ravie. Pas de ce ravissement qui gagne le cœur des fillettes niaises devant leur prince charmant, non. Plutôt de celui, malsain, qui pousse à en demander plus.
    Toujours plus.
    Or, si elle en voulait davantage, elle l’aurait.
    Parce qu’elle décidait; elle était la Souveraine.

    Bête vile et mesquine
    Être infiniment supérieur, inexorablement inférieur
    Profites, mon très, très cher Loup…
    Car je suis la Reine et toi mon Pion.


    « Effectivement je suis… »

    Il marqua une pause. Un sourire intérieur s’épanouit dans l’esprit de Lady Lilian, tel un bourgeon de folie éclos.
    Et plus qu’odieux, égoïste, narcissique ou provocateur, le regard du cendré se fit possessif.
    Elle sentit ses doigts se resserrer imperceptiblement sur son visage, comme un spasme douloureux, une once de jubilation qu’il ne pouvait plus contenir.
    Sa voix coula, mielleuse, persifleuse.


    « … Terrifié? »

    Il maintint encore la tension, l’accentua. Puis la relâcha brusquement, soucieux d’assurer sa dominance en mettant fin au contact lui-même. Il la considéra de haut en bas, puis se détourna.
    Il aimait vraiment jouer avec ses sentiments…
    Un sourire malsain se ménagea une place sur le visage contrit une seconde plus tôt, de le Reine.
    Du calme, Bad Boy.
    Il vint se placer devant la porte qui n’avait pourtant plus rien pouvant la qualifier ainsi. Le verre brisé tailladait le paysage avec un dépit cruel. Porte désespérée, amère d’avoir été ainsi battue et abattue.
    La silhouette fine du prédateur gris se découpait dans l’encadrement de la porte, éclairé d’une lumière faible et grise. Qu’elle préférait largement à celle, artificielle, d’une ampoule jaune pendant lamentablement à un fil sortant d’un mur défoncé.
    L’orage sombre s’était apaisé, le vent était retombé, ne laissant pour héritage qu’une bruine glaciale et une couche nuageuse particulièrement épaisse, qui ne laissait filtrer que quelque rayons de soleil mourant, transformant sa lumière en cette faible lueur grisâtre et maussade.
    Elle aimait ce temps.
    Il était parfait pour jouer. Son austérité contrastait sans problèmes avec l’excitation du Jeu, ne rendant les couleurs de l’amusement que plus vives, plus éclatantes encore.

    La Reine s’approcha, d’un pas lent, mesuré, bien plus assuré. L’odeur de la pluie sur le bitume vint lui chatouiller les narines. Elle la respira longuement, s’en délecta. Puis fit de nouveau quelques pas, en direction de la porte-qui-n’en-était-plus-une. Se plaça devant avec fermeté, en avant du Loup.
    Pour une fois qu’elle, Lilian, n’était pas en retrait par rapport aux autres…
    Dans ces conditions, il y avait de quoi rire.
    Elle s’accroupit, leva la main, puis du bout des doigts caressa les arrêtes tranchantes du verre brisé, poursuivant son contour sur toute la largeur du cadre.
    Lilian avait de l’intérêt pour la plupart des choses qui n’en avait pas aux yeux des autres, et inversement, se fichait éperdument des informations de vingt heure sur un écran bruyant ou du dernier film sorti dans les salles sombres bourrées de monde et d’odeurs de peuple, de pop-corn et de sodas. Elle ne pensait tout simplement pas comme le commun des mortels, comme ses soi-disant « congénères ».
    Lady Lilian avait toujours été une Reine ignorée par son royaume, ruminant son dépit et ses idées noires. Mais savoir sa domination évidente lui suffisait jusqu’alors. Elle n’avait pas eu besoin de l’étaler à la face du monde, qui lui aurait - sans doute - rit au nez.
    Mais maintenant…
    Maintenant, c’était une sourde détermination qui l’animait. Elle était rentrée dans le Jeu, et s’était complu à se noyer dans la Folie pour en devenir plus forte.
    Pour voir les choses d’un autre angle.
    Même si, au final, c’était seulement de l’adrénaline, substance oubliée, qui irriguait son cerveau.
    Cette adrénaline qui lui ferait faire des folies, parce que cela lui plaisait.

    Après un instant de ravissement morbide à caresser le verre, elle accentua sa pression, volontairement ou non. Son sang vint perler sur la paroi translucide, chaque goutte attirée par l’implacable gravité, traçant un chemin écarlate vers le sol. Puis d’un mouvement vif, elle fit volte face, et jeta ses vagues avides contre l’acier.
    En reflet à ses actions précédentes, elle s’avança vers lui, son corps tout entier touchant presque le sien. Elle leva les yeux, considéra les mèches décolorées au reflets d’argent, descendit sur son front, son nez, ses joues, sa mâchoire délicate, s’arrêta un instant sur son sourire dissimulé. Puis reprit sa descente, passa sur son cou nu, sa chemise entrouverte, son pantalon et ses chaussures trempés.
    L’eau faisait bien son travail…

    Songeant qu’elle n’avait pas répondu, la jeune fille releva les yeux, se dressa sur la pointe des pieds, rapprochant encore son visage de celui de son cavalier. Un sourire narquois étira ses lèvres, tandis qu’elle attrapait pour la deuxième le col de sa chemise, le serrant entre ses doigts, histoire de se stabiliser.
    Elle perçut son souffle discret, le détail de ses iris imperméables.
    Inclinant la tête légèrement de côté, elle murmura.

    « C’est bien… »

    Elle voulut aller plus loin, encore.
    Tirant sur le col pour se tendre le plus possible, son front effleura celui du Loup. Elle maintint le contact quelques instants, puis se relâcha subitement, retombant à plat sur ses pieds.

    « C’est-ce qu’il faut. »

    Ses doigts, eux, n’avaient rien relâché.
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Curve
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Mer 16 Juin - 12:36

    Désolé c’va être très court je pense, j’ai a peine le temps de RPer pendant que la crotte cramée roupille. Après il va piauler et jpourrais plus venir. J’t’aimoulette mon bison sauce crevette °^°

    La pluie avait beau tomber, il n’en ressentait plus l’envie de l’admirer, de la ressentir par tous les pores de sa peau. Il n’était pas lessivé a l’instar du ciel, qui avait craché toute sa rage, effiloché son courroux durant l’heure, vidé ses poches de rancune amère, qui avait visiblement, eu le temps de macérer longtemps. Non, il se sentait bien, quoique une tension palpable dans les membres ne cesse de lui indiquer que dormir restait une préoccupation humaine qu’il aurait tout intérêt a expérimenter pour ne pas tomber en ruine. Restait la préoccupation du lit, qu’il avait sagement abandonné pour daigner répondre a lady Lilian. Un regard dans sa direction lui apprit qu’elle stagnait toujours au même endroit, signe qu’il était temps d’ouvrir les vannes pour qu’il puisse reprendre ses continuelles songes, ces méditations simples ou philosophiques, méritées et stupides, intéressantes ou non, et lui occuper suffisamment l’esprit pour qu’il ne dérive pas vers des eaux plus .. Malsaines. Même si ces eaux la, il aimait particulièrement voguer dedans.
    Le lit, donc. Il lui laissait sans aucun problème le matelas, qui, s’il n’était pas transpercé par des ressors inconfortables, devait être fourré de puces, grouillant de bestioles en tout genre et mangé aux mites, sans parler de la poussière qui chaque jour, gagnait du terrain sur toute surface ou elle pouvait s’y déposer sereinement. Oui, il lui laissait avec toute la galanterie que ce geste impliquait – il retint un sourire – et lui s’installerait bien un nid – ou une niche – avec les couvertures restantes. Tant qu’il n’était pas détrempé et gelé en se réveillant, et qu’aucune bestiole ne venait lui ronger la peau des doigts, il s’accoutumerait du reste.
    Néanmoins, restait un détail qu’il n’avait pas eu le temps de creuser : l’escalier.

    Qu était – il, ou menait – il ?
    Le garçon se rappelait bien de son état de délabrement extrême, de la pourriture du bois, des flaques verdatres et peu avenant qui jonchaient tout le bancal édifice. Mais Curve était curieux. Curve était imprudent. Et Curve voulait savoir ce qui se cachait la haut. Des chambres ? Un semblant de salon ? Une planque ? L’état de l’étage supérieur était – il similaire a celui du rez-de-chaussée ? Ou était – il propre et coquet, habité ? Avait – on délesté les pièces de leurs objets, ou une commode, un lit ou une pièce de mobilier rescapé pourrait – il attendre la, comme un cadavre laissé a l’abandon après un meurtre affreux ?
    Hm, il partait encore un peu trop loin du sujet initial.
    Il se concentra donc a nouveau sur l’objectif a atteindre : l’escalier. Après, il aviserait bien.
    De toute façon, il aimait l’imprévu.

    Évidement, imprévu dans sa vie, il y avait. Mais pas où il le pensait. Alors qu’il était certain d’être surpris par ce qui se cachait en haut, il le fut sans même avoir esquissé un geste. Ou plutôt si : il tenta de l’esquisser – ayant définitivement effacé Lillian de son plan considéré comme génial – et fut brutalement intercepté par le détail qu’il avait mit de coté : Elle.
    … Elle ne pouvait pas aller jouer aux poupées, des fois ?

    Frustré d’avoir quitté son petit univers typiquement masculin et aventurier – oui, a sa grande surprise il se comportait parfois comme un être masculin considéré comme normal – il la toisa, et sa frustration monta d’un cran lorsque son regard tomba sur les doigts sales qu’elle appliquait fièvresement sur le col de sa chemise. Après Mizuki, il fallait qu’elle aussi s’y mette.
    Et encore du sang. Personne n’avait imaginé qu’un jour il aimerait garder une tenue propre, l’espace d’une journée ? Bien sur, il se arrivait de se tacher. Mais l’affaire n’était pas aussi grave. Parce que c’était sa tache. A lui. Et que ce n’était pas du sang. Le sang liquide, c’était beau, il voulait bien l’admettre. Mais le sang coagulé formait de grosses plaques noirâtres, en un dépôt aggloméré de croûtes tout a fait inesthétiques. En plus, ce n’était même pas son propre sang, mais celui de la fautive. Et il n’avait absolument pas prévu dans son emploi du temps, une marge d’une heure ou deux pour lui dire combien d’hématies stagnait dans son sang, ou si son taux de cholestérol était assez élevé pour qu’elle risque une attaque. Il se fichait absolument de son groupe sanguin.
    Alors pourquoi diable avait – elle eu la bonne idée de se couper, avant de s’essuyer les doigts sur son vêtement jusque la immaculé ?
    En plus, elle le tenait au niveau du cou. Il détestait ça. Elle pensait être dans la sphère du jeu, mais lui n’y était plus.
    Il montra les dents.

    Son envie d’entrer dans le Jeu était aussi insatiable, aussi lunatique qu’il l’était lui-même. Une poussée brutale et ardente de malice qui avait rongé les entrailles, il avait joué, un instant. Puis l’envie était partie, le délaissant lui et ses pensées a étudier et a classer. Le louveteau redevenait un mâle adulte et solitaire, évitant le contact et la parole.
    En cet instant, il était loup, Lilian était chaton. La différence était subtile, car lorsque l’inverse se produisait, il arrivait a maneuvrer pour que le Jeu, si elle n’y réponde pas, se transforme en échec cuisant. Il lui était impératif de répondre, car dans le cas contraire, il serait vainqueur. Dominant. Et ça, elle ne le supportait pas.
    Et il le savait.
    Et quand bien même, si un jour l’envie lui prenne de ne pas répondre, de rester stoïque comme lui avait le droit légitime de l’être, il était assez vicieux, assez félon pour continuer sans elle. A se servir d’elle comme un objet, comme son jouet. Et le seul moyen pour elle d’y échapper, était de le contrer en jouant.
    Ainsi, quoi qu’il fasse, il obtenait toujours ce qu’il voulait.
    Arriverait un moment ou il serait dans la même situation que Lilian, car elle aurait appris a le manipuler aussi bien qu’il le faisait pour elle. Mais le moment n’était pas encore venu. Car la différence était la : il n’aurait absolument aucun remords a mettre ses menaces a exécution, a pousser le jeu beaucoup plus loin. [i]

    Elle se redressa, lui effleura le front du sien. Une vague impérieuse de malsaine malice lui effleura l’épaule. Le Jeu était la, impérieux : il voulait l’entraîner lui aussi. Il [i]fallait
    qu’il y répondre, savait exactement ce qu’il ferait.
    Néanmoins, il ne bougea pas, la toisant de haut, sans un frémissement des paupières.
    L’eau s’&puisait contre l’acier.
    Il se détourna, délaissant la mer et ses vagues monstrueuses. Le mur était solide, il ne vacillerait pas.
    Il la laissa seule, détournant son regard vers la rue, lui offrant les multiples possibilités de réactions a effectuer lorsqu’elle se rendrait compte qu’elle l‘agrippait comme une désespérée alors qu’il en avait strictement rien a foutre.
    Note a lui-même : il se débrouillerait pour lui faire laver sa chemise.

    Dans la rue, un groupe d’adolescents bruyants – et sans aucun doute bourrés jusqu’a n’en plus pouvoir – passèrent devant eux, titubants et ralnt, braillant des mots écorchés, des phrases sans queue ni tête, hurlant leur hargne en mots égrenés ça et la, sans qu’aucun sens ne les lie logiquement.
    Être ivre devait être formidable ; on était l’espace d’une heure, la créature la plus stupide au monde, et on en était éperdument fier.
    Voir un ivre était nettement moins intéressant : ils en firent l’expérience en direct.

    L’un d’eux, portant une bouteille a sa bouche, sembla se rendre compte qu’elle était vide. Crachotant une bordée de jurons, il leva brutalement le bras, manquant de se vautrer lamentablement, et éjecta le récipient en verre d’un mouvement vif du poignet, avant de refermer ses doigts sur la bouteille du voisin, qui visiblement, ne sembla pas s’en rendre compte.
    Ils s’éloignent, semant sur leur passage une nuée crasseuse d’ordures et de jurons dénués de sens.

    La bouteille filait vers eux.

    Plissant les paupières, l’oméga guettait le bruit facilement reconnaissable d’une bouteille qui explose. Pourtant, rien ne venait.
    Et soudain, le petit récipient en verre traversa le semblant de porte qui restait, filant dans un sifflement rageur, dans sa direction. Dans un sursaut instinctif, le cendré se laissa tomber vers le sol – embarquant avec lui un poids notoire qu’il n’identifia qu’ensuite : Lilian – avant de se réceptionner accroupi sur le sol, pendant que la bouteille frôlait sa tête avant de s’exploser dans un crépitement désagréable sur le mur qui leur faisait face.

    Mais il y avait un problème.

    Les mains sur les tempes, les yeux fermés, la mâchoire crispée, il ressentait toujours un crissement désagréable en lui, entre ses deux yeux, comme si une flèche d’ultrasons s’était fichée sur son front et propageait en lui des ondes plus que désagréables.
    Le sifflement d’obus dans sa tête, montait en intensité, prenait de la vitesse et de l’ampleur, gommait les sons extérieurs pour le laisser seul et démuni face a ce bruit démentiel qui ne faiblissait pas. Sa tête semblait vibrer sous l’écho infernal, et semblait prête a exploser, a se fendre sous la pression, comme si un troupeau de chevaux aux sabots en lame de couteau lui lacerait la chair, pour que le bruit s’y infiltre et le perce, le brise.
    Happé par le bruit qui montait de plus en plus dans les aigus, il bascula en arrière, fut retenu par le mur de l’entrée et y resta prostré, accroupi et les mains sur le crâne, tendu comme un arc sur le point de se rompre.


    Désolé, merdique, en plus j’ai un mal de crâne mortel – on se demande qui m’a inspiré pour le dernier paragraphe – veutonavi sur msn, ésémess moi kantéco. Jtaim <3


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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.

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Lilian
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Lun 28 Juin - 20:23


        Juste envie d‘aller faire un tour en Enfer…
        Born to be alive.
        Juste envie d‘essayer un tour au Paradis…
        Born to be alive.




    Mais il était tellement agréable à salir.

    Sa beauté défiant les lois attirait, révoltait, poussait à la provocation. Si les gens avaient envie de la salir, c’était par désir. Pour voir s’il garderait cette sublime arrogance, ou bien s’il la perdrait en même temps que sa dignité. Si l’on voulait le salir, c’était pour le rabaisser. Trouver un pied d’égalité sur lequel se hisser afin de parvenir à le regarder en face…
    Oui, la tentation était trop grande.
    Il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même, après tout.

    Et puis il n’avait aucun droit sur son terrain. Les cases noires de l’échiquier étaient les siennes. Le cavalier la toisa, tentant de faire transparaitre dans son regard un dédain dont Lilian n’était pas dupe. La Reine savait à qui elle avait affaire, où en tous cas, le savait mieux que n’importe qui avant elle., pensait-elle dans son royal orgueil, perchée sur son ego disproportionné. Elle n’avait pas besoin d’une couronne pour affirmer son règne. Elle l’imposait, sans état d’âme, sans pitié, sans fioritures et sans discernement. Elle n’en avait pas besoin. Tout ce qu’elle avait était constitué de son piédestal egocentrique, recouvert du velours vermeil de l’égoïsme. Son diadème brillait de joyaux de mépris et de perles de sarcasmes. Le tout serti dans un écrin de morgue insolente.
    Mais son cavalier, insoumis, reniait son autorité. Il ne l’affronta pas. Ne lui rendit pas son regard…
    L’acier se détourna.
    Peu importe comment il pouvait excuser son geste, lassitude, ennui, manque d’envie, gêne…
    Il avait fui.
    Un soldat ne fuit pas le champ de bataille. Le Loup était donc un cavalier mais pas un soldat. Qu’était-il, alors?
    Comment qualifier un être aussi imbu de sa personne, egocentrique, manipulateur? Un prédateur farouche et affectueux, de cet amour cruel que témoigne la couleuvre à la proie étouffant dans ses anneaux. Un animal perfide et intelligent, cruel et joueur.
    Malgré tout, ses manières, ses mimiques et ses airs, il n’oserait pas.

    Il était un bon acteur. Pouvait faire semblant mieux que quiconque… Mais tromper ses yeux, ses yeux à Elle, non, ça il n’en avait pas le pouvoir. Deux mois, deux semaines, ou deux heures plus tôt; peut-être aurait-il pu la perdre. Se servir d’elle, jouer comme il l’entendait.
    Mais il avait commis une erreur irrémédiable.
    Il ne pourrait plus jamais dominer comme il l’avait fait de le placard poussiéreux. Il pourrait être supérieur, odieusement supérieur, mais jamais, jamais il ne pourrait tirer toutes les ficelles désormais.
    Parce qu’elle savait
    Derrière toutes ses provocations, il gardait toujours cette retenue pudique.
    Et sans doute était-ce mieux pour elle.
    La Reine ne craignait pas les révoltes. Elle les attendait. Les provoquait, presque. Il était un excellent joueur, il savait arriver à ses fins, parce que malgré son allégeance, il connaissait les faiblesses de la Lady qui avait imposé les règles qu’il contournait sans cesse. Et les exploitait avec délice, il savait sur quelle corde jouer pour faire résonner l’impératrice. Il frappait, délicatement, avec une précision chirurgicale sur ces points qu’il avait découvert.
    Et elle ne se défendait pas. Peut-être par incapacité. Ou bien par lassitude, ou ennui. Résignation.
    Peut-être simplement par flemme.

    Il se redressa. Une lueur d’agacement dansa sournoisement sur la paroi lisse de l’acier. Imperméable de nature, le mur lui semblait devenir plus friable au cours du Jeu. Comme si, délaissant ses protections, il s’enfonçait tout entier dans une danse dangereuse, létale… Mais malgré ce relâchement, cette… détente qui au final n’en était pas une, il gardait cette retenue pudique et orgueilleuse, quelque chose que lui seul pouvait savoir et protéger.
    La Reine était impatiente. Mais, parce que c’était lui, la Reine apprendrait à attendre.
    Seulement parce que c’était Lui.
    Sans doute le seul être de ce monde avec qui elle était restée pendant presque une journée, sans s’isoler, sans chercher à s’éloigner. Retenue avec lui de son plein gré au nom, elle ne s’en plaignait pas. Après tout, elle avait fait la découverte la plus intéressante au monde. Un Loup parmi les hommes. Un cavalier astucieux dirigeant la Reine sur son échiquier. Un pion insubordonné.
    Il était diablement intelligent, oui. Mais il y avait une chose sur laquelle il se trompait…
    Il ne pourrait jamais continuer sans elle.
    Il était assez fourbe, assez vicieux, assez odieux pour essayer. Pour tenter sa chance, et la laisser en plan quand il ne la trouverait plus assez intéressante. Mais il savait, implicitement, que cela n’arriverait pas.
    L’immense orgueil de la Reine ne laisserait pas les choses se dérouler ainsi.
    Non, jamais.
    Il ne pourrait se passer d’elle, comme elle ne pouvait se passer de lui.
    Et même si cela l’insupportait, le révoltait, ou quoi ce fût… Ce n’était pas de l’amitié qui les liait l’un à l’autre. Ce n’était pas de l’amour, ni même du désir. C’était quelque chose de plus vil. De plus mesquin. De plus malsain.
    C’était de la dépendance.

    Ils avaient trouvé la meilleure et la plus addictive des drogues.
    Eux.

    Alors qu’elle retombait sur ses pieds, un bruit lui fit tourner la tête. Des rires gras, des éclats de voix et de cris inarticulés s’approchaient de la porte. La gamine blonde se raidit, tel un animal farouche sur ses gardes, les muscles tétanisés non pas par la peur, mais par l’attente insupportable. Enfin, devant la porte éclatée, passa un groupe d’adolescents évidemment bourrés. Certains, ivres morts, étaient traînés sur le sol par ceux qui arrivaient encore à marcher, ou tituber, misérablement. Lilian songea qu’il devait être tout de même bien plus intéressant d’être sobre et regarder les bourrés, plutôt que bourrée à regarder les sobres.
    Mais ce n’était là que son avis personnel sur une expérience qu’elle n’avait jamais faite.
    Et puis, elle n’avait que treize ans.
    L’âge des autres l’indifférait au plus haut point, mais pas le regard que l’on pouvait porter sur elle en fonction du sien. Être prise de haut par quelqu’un qu’elle méprisait - c’est-à-dire tout individu ressemblant de près ou de loin à une humain -, l’insupportait au plus haut point.
    Ceci dit, treize ans, ce n’était qu’un an de moins que quatorze. Soit 12 mois. Soit 365 jours, pourvu que ce ne fût pas année bissextile. C’est-à-dire relativement peu avant la Libération tant espérée. Et qui pour elle, arrivait finalement plutôt, en considérant que l’on ne les attraperai pas d’ici là.

    Pour la première fois de sa vie, elle n’avait pas envie de penser aux problèmes qui viendraient après coup. Du genre du manque de nourriture, de vêtements de rechange, du strict minimum d’hygiène, de l’argent qui leur manquait.
    Sa préoccupation première, c’était Elle. Comme toujours. Et juste après, venait Lui.
    Jamais elle ne s’était intéressée à quelqu’un au-delà du mépris, qu’elle portait de toute façon au monde entier.

    Le groupe de jeunots désabusés en manque de sensations, donc. Ils braillaient dans la rue inondée par la pluie qui tombait de nouveau, par trombes rapprochées. Un pseudo-anarchiste métalleux, emo-punk ou gothique - elle s’en foutait - cracha une litanie de jurons - elle appris au passage quelques mots intéressants -, puis ayant visiblement épuisé tout son stock, jeta dans leur direction une bouteille vide qui passa impeccablement au travers de la porte défoncée.
    Guidée dans une trajectoire qui aurait put être calculée par un ingénieur de la NASA, ele fonçait vers eux, pauvres enfants innocents.
    Elle ne comprit rien à ce qui suivi.
    La pensée que la récipient eût put la percuter de plein fouet ne lui vint que bien après coup. Sur le moment, elle se sentit surtout basculer vers l’avant.
    Encore.
    Elle commençait à en avoir assez de se vautrer dans tous les coins où elle mettait les pieds.
    C’était irritant.

    Elle se retrouva donc, en moins d’une seconde, plaquée contre le sol de béton maculé d’éclats de verre, un bras facilement identifiable sur le dos, et la désagréable sensation de devoir la vie à quelqu’un.
    Quelqu’un qu’elle n’eût pas le temps de remercier.
    La bouteille explosa sur un mur.
    Elle sentit le cendré se crisper, brusquement, comme pris d’une douleur intense et soudaine.
    Il dégagea son bras du dos de la fillette pour plaquer sa main sur sa tempe, ferma les yeux, serra les mâchoires. La douleur sembla grimper en intensité. En un soubresaut, il bascula vers l’arrière, et resta le dos plaqué contre le mur. Enserrant sa tête de ses mains, il se voûta sous l’effet de la douleur. Elle perçut les muscles de son dos se tendre, puis se crisper douloureusement.
    C’était son tour d’être pris d’un mal dont-ils ignoraient la cause.

    Désemparée par la situation, elle tenta de réviser le cheminement des évènements précédents, de ce qui aurait put provoquer une telle réaction chez le cendré. La bouteille? Elle était peut-être la poudre, mais pas l’allumette qui l’avait enflammée.
    Et elle ne pouvait rien faire.
    Elle était une Reine, pas un Dieu. Guérir un mal dont elle ne connaissait ni la cause ni les effets n’était pas dans son domaine de compétence, assez réduit.
    Elle avait l’habitude de rester neutre, stoïque, face à la plupart des évènements. Elle ne bougeait pas, ne parlait pas, ne faisait rien.
    Lilian se conjuguait à la voix passive.
    En revanche, elle pouvait jouer. Posséder. Garder. Tout cela, elle pouvait le faire… Mais aider son prochain, lui apporter du soutien… Ça non. Elle ne pouvait pas. Elle ne l’avait jamais fait.
    Mais lui l’avait fait.
    Et cela l’insupportait au plus haut point.
    Il avait eu un tour d’avance, encore.
    Encore une chose qu’il avait appris plus vite qu’elle.
    Elle refusait de demeurait derrière pour le bon plaisir du cendré, qui se croyait infiniment supérieur.
    Elle aussi savait faire des choses, lorsqu’elle y était forcée par les évènements, ou que la situation l’exigeait. Ou que sa souveraineté en était menacée.

    Elle se releva lentement, encore sous le choc, puis s’accroupit devant le cendré, se mettant à sa hauteur. Abaissant légèrement les paupières, elle tendit les mains et attrapa ses poignets. Son contact ne la révulsait plus autant. Elle s’y était presque accoutumée. Les veines bleues palpitaient fiévreusement sous ses doigts. Se redressant lentement, elle l’incita à se relever, puis à marcher derrière elle.
    D’abord il fallait qu’il s’allonge, quelque part où il serait loin du lieu où tout avait commencé.
    Dans un endroit un minimum salubre avec l’eau courante, si possible.
    Elle ne songea même pas au matelas entre les quatre murs miteux et baignant dans un air vicié.
    Son regard se posa là où celui du Loup s’était posé auparavant.

    L’escalier.

    De toute façon, elle n’avait pas le choix.
    Quoiqu’ils trouveraient en haut, cela pouvait constituer un espoir de calmer la douleur.
    En considérant bien sur qu’ils ne se casseraient pas une jambe - dans le meilleur des cas - en gravissant cet « escalier » qui incitait à tout sauf à la confiance.




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Curve
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Sam 10 Juil - 15:18

    Et il avait fui, oui.
    Le plus drôle étant qu’elle semblait considérer un tel comportement comme un outrage.
    Personnel.
    Comme s’il s’était détourné pour toujours, l’avait repoussé avec un dédain hautain et typique de sa personne égocentrique.
    Cela l’avait outré. Et elle n’avait même pas eu l’intelligence de le cacher.
    Comme s’il avait signé un contrat affirmant – promettant – qu’il était désormais lié a elle, et que la rupture de ce même contrat entraînerait des … Conséquences.
    D’irrémédiables séquelles.
    Et cela ne signifiait qu’une chose : si la reine témoignait d’un tel comportement de possessivité, cela ne pouvait que confirmer ce que le loup songeait depuis un moment, question en suspension entre deux couches ouatés de pensées hermétiques.
    Elle tenait a lui.
    Un frémissement léger agita ses lèvres. C’était une déduction fort plaisante à savoir, à exploiter, aussi.
    Surtout.
    La suite des joutes promettait d’être diaboliquement intéressante.
    Il en aurait presque jubilé, si sa nature calme et passive n’avait pas été si ancrée en lui ; si des racines de pragmatisme et de neutralité ne l’avaient pas retenu, parfaitement d’aplomb sur son immense piédestal.
    Juché bien plus haut que l’impératrice.

    La vie, au fond, était bien simple. Elle n’était que provocations et faux pas, adrénaline et sourires venimeux.
    Gouffres sans fond, âmes damnées, cavalcades puis morphine.
    Grandeur et décadence.
    Subjectivité, a l’image d’un monde que chacun redécorait aux couleurs de son cœur.
    Acier pour certains, azuré pour d’autres. Miel ou grenat, opalin ou encore délavé.
    De la pointe d’un crayon, du bout d’un pinceau, chacun colorait son univers.
    Recréait son monde.
    Donnait un sens à son existence.

    Si mon univers était a décrire …
    Le monde ne Curve était certes pavé, mais pas de bonnes intentions. Les mauvaises herbes y poussaient comme les pustules sur le faciès gras d’un adolescent en rut.
    Son monde n’était qu’herbes sauvages et plantes carnivores, éperons de verdure et gueules écumantes.
    Roi d’un monde en décadence, qu’il entretenait avec soin.
    A la fois l’elfe et l’arbre, l’un et l’autre, l’animal et le végétal.
    Le minéral était tant évidement qu’il devenait inintéressant.

    Son univers personnel, ordonné pour lui seul, se muait en foutoir incroyable et dénué de sens pour quiconque cherchait a s’introduire dans le sanctuaire sacré et ô combien vénéré de ses pensées.
    Souvent comparé a un océan déchaîné, qui le submergeait par vagues d’intensité variable, le laissait calmement flotter comme le bouchon sage qu’il était, avant de l’engloutir, lui et un tourbillon d’idées presque aussitôt avortées.
    Mais son monde intérieur pouvait très bien être une foret hostile, dans laquelle il progressait a pas silencieux et prudents. Machette a la main, pionnier esseulé dans un désert de verdure hostile, ou chaque tronc était une pensée, chaque feuille une réflexion, chaque herbe une idée a développer, a envisager.
    Les insectes eux, étaient des besoins vitaux, difficilement supportables, mais nécessaires à l’écosystème.
    Le fait de se nourrir était par exemple l’une de ses bestioles aux ailes vibrantes d’impatience, qu’il fallait pourtant préserver, et satisfaire.
    Pour qu’elle polonise. Pour que la foret s’agrandisse.
    Pour que rien ne s’arrête.
    Jamais.
    Car que valait un roi, si son royaume ne le représentait pas ?

    Et son jardin secret ; a Elle ?
    L’acier se planta dans un frémissement d’épée dégainée, dans le bleu d’un ciel sans nuages.
    Alors que Lilian semblait s’impatienter, tenter d’échafauder des idées, des impressions ou des affirmations a son sujet, il se contenta de la fixer un bref instant, totalement désintéressé du sujet, de l’environnement extérieur, de ce qu’elle pouvait faire ou bien penser.
    Même ses mains, qui s’agrippaient toujours férocement a sa chemise, devenaient d’une banalité affligeante, un sujet gris sur lequel son regard glissait sans s’arrêter.
    Elle n’était plus qu’un bel objet à regarder, une source provisoire d’alimentation pour son imagination fertile.
    Une graine pour rompre la digue, et l’immerger, encore.
    La danse était répétitive, mais jamais ne le lassait.
    C’était si fascinant d’imaginer.

    Son jardin, a elle.
    Il planta le décor.
    Un ciel bleu, mais mitigé. Il en aurait presque fait un coté blanc, et un noir. Un coin de paradis et un bout d’enfer. Le nord de soleil et de gaîté, le sud de haine et d’orages sans trèves.
    Parce qu’elle n’était pas qu’une. Parce qu’elle n’était même pas deux non plus, mais bien plus.
    Bien plus que ça ..
    Et c’était cette diversité d’éléments qui la rendait si attrayante à ses yeux gris.
    Un objet multifonction, dont il voulait tout savoir, tout contre.
    Mais les failles étaient rares, et l’objet – la fleur – n’éclosait que selon son caprice. Et la météo, l’environnement ou la composition d’un tout n’y changeait rien, ne l’influençait pas.
    Personne ne pouvait la faire fleurir à un moment donné. Parce qu’il pleuve ou qu’il vente, si la fleur désirait dévoiler un pétale au monde, elle le ferait.
    Une journée, une heure, ou une seconde.
    Elle était maître, et le joueur dépendait de l’objet.
    Un objet capricieux, torve.
    Un objet trop rare pour être brisé, ou jeté.

    Ainsi, le monde de Lilian, aux yeux du Loup, était à la fois blanc et noir.
    Mais pas gris.
    Ça et la, des trappes, en l’air, par terre, a 90 degrés ou entre deux brandes d’un chêne. Des portes qui menaient autre part, des animaux qui décidaient de tout, des plantes qui bougeaient, vivaient, mais ne fanaient jamais.
    Un monde chaotique. Bien mieux que celui d’Alice.
    Un monde ou la reine de l’échiquier se repérait sans aucun problème. En revanche, le visiteur, qu’importe son niveau d’adresse et d’intelligence, se retrouverait comme une mouche sur une gigantesque toile d’araignée.
    N’importe quel pas, n’importe quelle action serait perçue, enregistrée, déchiffrée.
    Puis l’araignée se présenterait.
    Cachée, embusquée dans un repli du décor, elle observerait l’avorton, perdu dans un monde qui jamais ne serait sien. Déciderait de sa survie, ou de sa mort.
    Le laisserait jouer encore un peu, ou l’achèverait.
    Le monde de Lilian n’était pas un pays ou la demi mesure était présente.
    On était blanc, ou noir.
    Pas gris.

    Et pourtant, depuis l’aube, un cavalier gris hantait la toile maîtresse, sans pour autant casser de fils, rompre le rythme des cercles concentriques. Volage et insaisissable, il semblait captiver l’araignée. La fascinait, au même titre qu’elle fascinait l’espion.
    A la différence des autres, il jouait avec elle. Elle jouait avec lui.
    C’était un cache cache dont la fin n’était pour une fois, pas écrite a l’avance.



    Ce fut donc plongé dans un tel état d’esprit, qu’arriva la bouteille.
    Et toutes ses conséquences.
    Désormais, il était plaqué contre le mur, secoué de spasmes qui grimpaient en intensité, une bile acide noyant ses gencives crispées, pendant que son estomac prenait un malin plaisir a devenir aussi lourd qu’une enclume.
    Voir deux, ou trois.
    Il se sentait mal, terriblement mal. Jamais il n’avait ressenti pareille douleur. Comme s’il était a la fois broyé, écrasé, piétiné, poncé, dévoré, perforé, noyé, écorché. Ses poumons se pâmaient, cherchant la moindre molécule d’oxygène a leur portée, sa peau frémissait comme un cheval effarouché, comme si elle voulait soudainement fuir, se détacher de ce corps en perdition et aller recouvrir un être a la chair nue et plus paisible. Ses yeux, sous ses paupières férocement closes, roulaient dans leurs orbites, devenus d’un blanc laiteux. Il hoquetait, perdu ; sans aucun repère, sans la possibilité d’esquisser l’amorce d’une pensée, une bouée qui aurait pu l’aider, un peu, a se reprendre.
    Non, il ne se souvenait même plus de son nom, tant son organisme était tendu, prêt a se rompre. Son dos tressautait comme si les vertèbres cherchaient à se faire la malle. Plaqué contre le mur, il pouvait au moins réduire les mouvements anarchiques de son corps qui cherchait à se cambrer, à rompre tout os qui offrirait la moindre résistance.
    Ses ongles, enfoncés dans la peau de son crâne, se recroquevillaient sur du vide, devinant a la surface de l’épiderme, le sang qui commençait a percer, vicieusement.
    Sournoisement.
    Merde. Fallait – il qu’il crève la, a se tordre dans les pires convulsions de son être décharné, défoncé par une hémorragie cérébrale ?

    Et soudainement …
    Un portail. Une arche. Une nouée.
    Une ancre.
    Ses mains.

    Il aurait tant voulu s’y agripper avec l’énergie du désespoir, croire en elle, faire de cette reine oubliée d’un palais désertée, celle qui l’aurait tiré du chaos originel, de la tempête de son corps. Il aurait pu oui, devenir banalisé, héros d’un quelconque scénario pré-écrit, et l’avenir aurait tracé sa route devant eux, comme une route sure et proprement démarquée.
    Mais il ne put.
    Parce qu’il le refusait, parce qu’au final, il était lui. Qu’en tant qu’égoïste premier du nom, il ne se vouait qu’a un seul dieu – lui-même – et en tant que con de première catégorie, il refusait toute aide qu’on lui apportait.
    Hormis cette situation, ou il n’avait pas franchement le choix, et ne souhaitait pas vraiment crever comme un rat en gerbant ses entrailles.
    Il se résigna donc.
    Et bien qu’elle tenait la totalité de son être par le biais de ses mains, la Lady ne vacilla pas.
    Brave petit pilier.

    Ils se relevèrent.
    Ensemble.

    Il devina, à travers un douloureux brouillard teinté d’écarlate, qu’ils traversaient le couloir, avant de pénétrer dans la pièce principale. Les doigts mêlés, pour une fois volontairement, et non pas à son initiative, ils sinuaient vers une direction qui lui était inconnue – et dont il se moquait royalement.
    Tant qu’il avançait, son corps semblait mis en pause. Écran de veille des pensées morbides. Un pas après l’autre, il ne ressentirait rien qu’une douleur atroce au niveau des tempes et des cervicales, et n’était sur que d’une chose : si elle s’amusait a le lâcher, il s’écroulerait net, et les spasmes auraient tôt fait de l’achever.
    Somnambule, automate, pantin de chair et de douleur, il prit soudainement conscience que devant lui se dressait une haute structure. Battant des cils, il chercha a affûter sa vision, sans que son vœu ne soit exaucé. Il dut donc s’en remettre a elle, sans doute l’une des rares a qui il aurait accepté de confier l’équivalent de son être tout entier.
    Sous ses doigts, la texture rêche et noueuse du bois.
    La pointe de son pied glissa le long d’une marche, avant de se poser à son sommet, instable.
    Ils étaient donc devant l’escalier. Ou plus précisément, sur les premières marches. Et ce qu’il tenait entre ses doigts devait être la rampe.
    L’ensemble, d’après ses souvenirs extrêmement brouillés et mouvants, constituait une base peu fiable, terrain qu’il aurait adoré explorer en pleine capacité de ses moyens. Actuellement, l’ensemble n’était plus qu’un objet bancal et peu fiable, auquel il manquait plusieurs paliers, et dégageait une vaste aura d’insécurité flagrante.

    Pourtant, ils montaient.
    Les marches craquaient, gémissaient, parfois se tordaient ou cassaient net sous leurs pieds. La rampe elle, restait relativement solide et fiable, mais le garçon en était sur : s’il avait le malheur de tomber dans un trou, elle tomberait avec lui.
    De l’autre coté, Elle.
    Tout aussi instable que lui, quoique dans un meilleur état, elle formait elle aussi une sorte de rampe protectrice, un rempart entre la chute et lui. Une muraille aussi, entre la douleur et son corps.
    Il ignorait comment, mais tant qu’il marchait, se mouvait, elle restait tapie dans un coin de son être, se contentant de libérer ses toxines, sans pour autant remuer comme une anguille.
    C’était mieux que rien.

    Ils passèrent a travers une trappe, et le grenier – le second étage ? – se dévoila a eux.
    Ou du moins, a elle.
    Lui, ne voyait rien.
    En revanche, il sentait.

    Un crépitement électrique agita sa colonne vertébrale, chassant dans une bourrasque aussi salvatrice qu’inopinée, les vagues du mal qui le rongeait lentement.
    Il releva la tête, et le vide qui l’emplissait jusqu’alors se trouva comblé. Ses mains palpitaient, mais ce n’était plus le sang qui affluait : c’était le virus oméga qui se déclenchait. Et étrangement, le Loup en était presque immolé de bonheur, a la pensée de retrouver ce cher allié qui visiblement, l’avait déserté un moment.
    Il n’eut pas le temps d’en savoir plus, ni d’aligner une autre pensée sur la ligne.
    Lilian le frôla, et une gigantesque détonation lui creva les tympans.
    Encore une fois, il se retrouva au sol, et un puis s’ouvrit sous ses pieds.
    N o i r …

    Sa perte de conaissance ne dura qu’un instant.
    Lorsqu’il se redressa, curve se rendit compte qu’il était recroquevillé dans un coin de la piece – sans doute ejecté – et se tenait la tête. A sa grande surprise, aucune fumée, aucun trou dans les murs, comme si l’explosion n’avait pas été déclenchée par une arme a feu, comme il l’avait cru dans un premier temps.
    Il remarqua aussi que la trappe s’était refemée brutalement, les laissant prisoniers du second étage.
    Encore ne fois, cloisonnés contre leur gré.
    Puis il prit conscience – enfin – que son mal avait disparu.
    La miggraine s’était envolé, aucun de ses muscles ne semblait douloureux. Il n’était même pas ankylosé, se sentait bien ; merveilleusement bien.
    C’était … Louche.
    Il releva alors la tête, et une longue meche de cheveux dorés lui barra la vue. Agacé, il la repoussa, avant d’interrompre son geste, perplexe.
    Sous sesdoigts, une couche lisse et soyeuses de cheveux longs.
    Et il savait tres bien a qui ils apartenaient.
    Tournant la tête, il chercha Lilian du regard – elle ne devait pas etre bien loin, si ses cheveux retombaient sur son propre crâne – lorsque ses yeux tomberent sur ses mains.
    Mortifié, il plia les doigts.
    Oui, il plia ses longs et beaux doigts féminins, ornés d’ongles legerement rongés.
    Baissa brutalement la tête.
    Et manqua de s’étouffer net, en apercevant un cops parfaitement proportionné orné d’une robe telles que portaient les filles de l’Orphelinat.
    Se mirdit la langue.
    Remarqua que ses dents, surtout ses canines, n’étaient plus du tout aussi afutés – d’ordinaire, il se mettait presque la langue en sang, a serrer continuellement les dents – et nota qu’en plus, des putains de longs cils lui chatouillait les paupieres.
    Okay.
    Ooookay.
    Il releva les mains, prêt a se serrer les tempes, avant d’interompre son geste, soudainement nauséeux a l’idée de toucher ces meches dorées d’être visiblement féminin.
    Puis finalement il releva la tête, croisant un regard acier qui manqua de le tuer net.
    Un regard carnassier.
    Le regard du loup face a la brebis. L’arme a feu face a la victime.
    Il conaissait ce regard.
    C’était le sien.

    Pétrifié, il cilla, toisant son propre corps se redresser, lentement, avec la grace d’un félin affamé, et en chasse.
    Croisa son propre regard.
    Et finalement, décida qu’en fait, se prendre la tête entre les mains, c’était bien pratique.
    Ce qu’il fit. Avant de le regretter amerement, devinant qu’une cascade de meches blondes lui dévorait le visage.
    Il avait vu virer un nœud, ou un machin du genre ..
    Machinalement, il le chercha du regard, étrangement détaché vis-à-vis de la situation. Cherchant a savoir ou diable était passée Lilian.
    Elementaire, mon cher Loup. Enfin, ma chère brebis-dorée.
    Il toisa son clone – enfin lui-même – avec la sensation d’être un bovin. Tout en doutant sérieusement que Lilian, ou du moins son corps, puissse paraître stupide et paumé, même habité par la cloche qu’il était.

    Merde. Merde. Merde ! Il était dans le corps d’une fille !
    Et elle, accessoirement, était dans le corps d’un mec.
    Du moins, s’il avait correctement analysé, ce dont il doutait sérieusement, comme si son cerveau embrayait dans de la mayonaise.
    Le cerveau d’une femelle était beaucoup moins clair et pratique. C’était tout chaud, douillet. Il avait l’impression d’être dans une grotte chauffée, alors que d’ordinaire, son antre personnelle était un palais de glace, sans cesse parcouru par de violentes bourrasques glacées.

    Bien.
    C’était donc beau la vie, et a moins d’avoir absorbé par erreur une bonne dose d’Extazy, il était donc bien prisonnier dans le corps d’une … Fille. Et ladite reine avait migré vers le corps du loup. Chose que le canidé n’aprieciait pas du tout.
    C’était chez lui, merde.
    Il secoua la tête, tétanisé et perdu – le regretta par la suite, a cause des tifs envahisseurs – et pria pour qu’il soit en plein rêve.
    A choisir, il preferait encore se tortiller comme une larve sur le dos, au bord du trépas, plutot que de finir dans un corps de femelle.

    Et le pire restait a venir : il n’avait pas encore parlé, ni bougé.
    L’experience aurait pu être enrichissante, s’il n’était pas aussi traumatisé.


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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.

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Lilian
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Sam 10 Juil - 15:20




        I’m in love with a Sociopath
        And it makes me happy ~




    Pire qu’un outrage, elle s’était sentie trahie. Trahie parce qu’elle pensait le Loup courageux au point de lui faire face, assez téméraire pour affronter son regard et sa proximité, trop confiant pour ne pas y laisser des plumes.
    Elle s’était trompée.
    Et elle savait, implicitement, qu’il l’avait fait exprès. Il l’avait suivie dans son Jeu personnel, dans sa ronde égoïste qui n’admettait personne d’autre qu’elle-même. Il y était rentré en faisant mine de fuir, utilisant sans remords toute cette verve qui l’emplissait de la tête aux pieds, vicieux alangui tel le serpent dans son antre.
    Entre eux s’étaient formés des remparts de soie, d’acier, d’obsidienne ou de vent, appartenant chacun à un monde, un univers différent qu’ils effleuraient sans s’y attarder, sur lesquels leur regard d’acier et d’océan glissait, sans jamais s’arrêter. Ils avaient franchi une à une toutes ses barrières, et la destruction de l’une entrainait l’apparition d’une autre.
    Mais jamais domptés, jamais abattus; ils poursuivaient leur chemin l’un vers l’autre, sans cesser de se regarder, dans les yeux.
    Ces yeux qui disaient tout en voulant tout garder, miroirs d’âmes en dérive, de routes sinueuses, de fossés à combler.
    Ils avaient le temps.

    Parce qu’elle avait chassé sans ménagement les quelques chiens galeux qui envahissaient son monde intérieur, parce qu’à présent, elle ne se considérait plus comme une prisonnière sous liberté conditionnelle.
    Maintenant, elle était Libre.
    Et sa Liberté à elle, la liberté d’une Reine, ne s’arrêtait pas où commençait celle des autres. Elle ne s’arrêtait jamais. C’était peut-être chez elle, la seule chose qui n’eût jamais de réelles frontières.

    L’esprit d’un enfant est une chose tout à fait merveilleuse, et tout à fait malsaine. Il contient, par exemple, cette candeur qui pousse les adultes à s’émerveiller sur de grands yeux bleus, et cette cruauté qui les révoltent, qui les fait hurler devant une bête écrasée sous un pied appliqué. Les gosses, révoltés par l’injustice flagrante d’une monde crée par des adultes, pour des adultes, tentent durant toute leur enfance de redresser la balance. D’équilibrer les plateaux, dans ce qui semble, aux yeux du public majeur, une naïveté voire un manque de réalisme d’une profondeur insondable.
    L’enfance est sans doute le plus magnifique et le plus affreux des concepts de l’Histoire. Elle est à elle seule le plus grande paradoxe que le Terre porte, et personne, non personne n’avait encore songé à s’en débarrasser, à ce moment là.
    Jusqu’au jour fatidique ou des mômes dérangeants commencèrent à apparaître.
    Le virus Omega décida de l’avènement d’un monde nouveau.
    Ces enfants beaux et odieux de nature, recevaient en plus le Pouvoir. L’auteur de cette splendide catastrophe devait être encore plus fou que dix d’entre eux, encore plus naïf que cent d’entre eux, encore plus malsain que dix mille d’entre eux…
    Il était à l’origine d’un mal dont on le blâmerait dans dix ou quinze ans, et alors il serait trop tard.
    L’épidémie serait devenue pandémie, il n’aurait plus d’autre choix que d’appeler la déesse mortuaire, en espérant qu’elle voudrait bien souiller sa lame d’un sang impur.
    Le sang d’un enfant.

    Ses pensées dérivaient paresseusement, passant d’une idée sordide à un concept inexistant, suivaient un instant le tracé d’une idée nouvelle, puis s’en détournaient pour une autre. Lilian avait toujours été ainsi. L’esprit volage, des pensées semblables à des papillons aux ailes irisées, virevoltant dangereusement autour d’un feu couvant sous un tapis de braises rougeoyantes.
    Le feu de sentiments inconnus, tyranniques, qui menaçait de se réveiller à tout moment, tel un volcan en pleine fureur, calcinant avec rage les ailes mordorées des insectes chétifs et pacifiques.

    Son monde n’était que cours d’eau et verdure, désert et broussailles, falaises et océan. Le tout planté sur un échiquier comportant autant de cases qu’elle en souhaitait. Circulaire ou ovale, triangulaire ou carré, le plateau prenait la forme qu’elle désirait, quand elle le désirait. Il pouvait disparaître de sa vue, ou s’imposer à son regard selon son envie.
    Il pouvait devenir informe, fondre en une marée bichrome, attirer, repousser, rester neutre.
    Elle avait le pouvoir d’ouvrir des trappes où bon lui semblait, donnant sur d’autres lieux, d’autres mondes, ou bien sur rien. Sur un néant sans commencement ni fin, sans couleur et sans lumière, sans vie, sans mort.
    Le néant qui transcendait toute forme de vie, tout concept, tout univers.
    Le néant qui menait à la plénitude, qui elle ne menait à Rien.

    Son monde à elle n’était que pure Folie.

    Elle avait vu ce regard gris. Ces iris d’acier, ses mimiques narquoises… Tout ça ne pourraient rien changer à sa découverte. En ne voulant pas le cacher, il venait de faire de Lilian la Reine la plus euphorique du monde.
    Malgré ses airs odieux, ces accents détestables, son image de Bad Boy qu’il entretenait avec soin, tel un feu couvant sous la braise, il soufflait dessus à coup de remarques sarcastiques afin de faire repartir les flammes… Il avait montré autre chose
    Autre chose qui apportait à l’Impératrice un ravissement malsain.
    Son extrême possessivité.
    Il la voulait.
    Lilian jubilait.
    Ils étaient enfin sur un pied d’égalité. Il savait qu’elle tenait à lui, qu’elle refusait de le laisser partir pour plusieurs raisons, dont certaines qu’elle ignorait encore. Elle, savait qu’il la désirait. Il voulait tout savoir d’elle, le cavalier gris insubordonné mais souhaitant ostensiblement le contact du pouvoir royal, de son contact à Elle.
    Ce qu’il était mignon.

    Mais les évènement firent en sorte qu’elle ne pût réfléchir davantage à cette situation plus qu’agréable, et absolument malsaine.
    La bouteille siffla. Explosa.
    Le cavalier se tendit. S’arc-bouta. Souffrit.
    Elle le regard, sans comprendre, sans savoir. Plaqué contre le mur, la mâchoire serrée à s’en exploser les molaires, tous les muscles tendus, crispés dans les pires convulsions qu’il lui eût jamais été donné de voir.
    Les seules, en fait.
    Pendant un instant, elle redevint une enfant. Une pauvre gamine ne sachant rien de la vie, encore moins de la mort. Une pauvre fillette à la fois terrorisée et fascinée par la douleur extrême qui dévorait son compagnon de fugue. Elle sentit vaguement quelque chose sur sa joue. Puis, au prix d’un effort certain de plusieurs secondes, ses pupilles dilatées s’étrécirent, reprenant une taille à peu près normale. Elle chassa la peur de son esprit avec un dégoût non dissimulé. Essuya ses yeux, ses redressa.
    Le Loup, seul avec sa douleur, les paupières résolument closes, semblait pris d’un un cauchemar atroce dont il ne pouvait se réveiller. Il hoquetait, gémissait sous l’effet d’une souffrance mal réprimée, parce qu’irrépressible.
    Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Quelle l’aide, comme il l’avait fait pour elle. Les couvertures poussiéreuses restaient la preuve du lien qui les unissait, fragile et fort, hasardeux, imprécis, tumultueux, imprévisible. Ils jouaient tous deux à un Jeu dont aucun ne maîtrisait plus les règles.
    Or, le temps n’était plus au loisir.
    Le temps était à la souffrance, et à ce qui pourrait la contrer.
    Elle attrapa ses mains, l’entraîna, comme si jamais elle ne lui avait laissé le choix.

    Les marches grinçaient. Evitant tant bien que mal les flaques verdâtres et les galeries des termites ou tout autre insecte qui aurait put provoquer sa mort en rendant le bois friable, elle s’efforçait de guider le loup or de portée de ce qui avait déclenché sa fièvre fulgurante.
    Le soutenant maladroitement, ils étaient déjà parvenus à gravir la moitié des escaliers.
    Un bruissement attira son attention. Levant la tête, elle aperçut, derrière les poutres apparentes de ce qui semblait être un deuxième étage, plusieurs formes ailées et farouches. Des plumes irisées jonchaient les marches au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient de la plaque de béton salvatrice.
    Elle leva le pied pour le poser sur la marche suivante, quand un cri lui perça les tympans, manquant de la tuer net d’une crise cardiaque foudroyante.

        Croââââ!

    Tentant de calmer le rythme fou de son cœur, elle discerna dans la pénombre deux yeux ronds brillants, ainsi que quelque chose d’acéré ressemblant vaguement à un bec.
    Des corbeaux nichaient là-haut. Génial.
    Lilian n’avait absolument rien contre les volatiles à plumes, seulement un tel regroupement, et avec un blessé sur les épaules, elle doutait dans la sécurité de sa situation, et de celle dudit blessé.
    Ne pouvant prendre le risque de lâcher le cendré - vu son état, il dévalerait probablement les escaliers en sens inverses et pas sur les pieds - , elle desserra ses doigts crispé sur la rampe vermoulue, et d’un mouvement mal assuré, balança son bras tendu au-dessus de sa tête.
    L’oiseau au plumage sombre la toisa d’un regard apocalyptique, cruel presque, qui la fit vaciller un instant. L’océan déconcerté se posa sur le cavalier, agité de convulsion. Il était son cavalier. Cette pièce de l’échiquier, qui n’était ni blanche ni noire. La pièce maîtresse d’une partie passionnante et addictive, au point de non-retour.
    Elle ne pouvait pas le laisser là.
    Elle ne pouvait pas le laisser crever comme un chien, sous prétexte qu’un piaf l’avait regardé.
    Une froide détermination agita le cobalt, qui se fit plus dur et implacable que l’acier. Elle releva les yeux vers l’oiseau narcissique, lui jetant un regard qui promettait des représailles si le loup crevait par sa faute.
    Le corbeau lui jeta un croassement narquois au visage, puis s’en fut en battements d’ailes désordonnés, disparaissant derrière une poutre poussiéreuse.

    Usant de persévérance, un mot qu’elle avait appris le jour même, et de détermination, elle finit par se hisser sur la dernière marche, trainant derrière elle un carnassier aux crocs élimés par les outrages de la douleur cuisante.
    La Reine triomphante posa le pied sur la dalle de béton, rassurante, qui servait de plafond au rez-de-chaussée et de sol à l’étage, puis d’un geste souple, attira le garçon à elle, cherchant à savoir si il allait mieux ou non. Il semblait moins agité, presque immobile après la scène qui avait eu lieu en bas.
    L’étage sur lequel ils se trouvaient donc, n’était en fait qu’une immense pièces. Sans doute n’y avait-il jamais eu d’appartements, peut-être n’était-ce même pas une surface habitable. Le sol, jonché d’une épaisse couche de saleté due à la fois aux oiseaux qui nichaient sous le toit et à l’évident manque de ménage, semblait bien assez solide pour supporter quelques hommes. Deux gamins étaient donc en sécurité. Lilian poussa un discret soupir de soulagement. Les poutres de bois, massives, étaient soutenues par des poutrelles métalliques, luisant faiblement dans leur écrin de poussière, à la lumière grise filtrant par une tuile ajourée du toit.
    Maintenant qu’elle voyait le toit, la fillette se rendait compte qu’ils n’était pas entrés dans un HLM, mais dans une sorte d’immeuble-maison, à la charpente semblable à n’importe quelle demeure résidentielle, et non à un bloc de béton armé comme un vulgaire immeuble de banlieue.
    Génial. Ils étaient tombés sur l’endroit le plus chic du coin.

    Une détonation la projeta en avant.
    Quinze secondes plus tard, elle reprenait difficilement connaissance. Juchée sur une poutrelle rougeâtre, dans une position improbable, elle ouvrit difficilement les yeux. L’onde de choc soudaine avait soulevé la poussière dense du lieu, créant un nuage irritant à l’intérieur duquel elle ne percevait rien.
    Elle ne put retenir sa respiration aussi longtemps qu’elle l’aurait souhaité, et son apnée improvisée prit fin lorsqu’elle remplit ses poumons de l’air vicié. L’effet fut immédiat. Elle s’affala sur le sol, toussant, crachant ses poumons.
    Elle était vraiment stupide.
    Le nuage finit par se dissiper lentement, calmant quelque peu les muqueuse irritée de la souveraine tombée de son trône.
    Elle s’arrêta net.
    Elle n’éternuait jamais comme ça, habituellement.
    Soudain prise d’un malaise qu’elle avait ignoré jusque là, elle plaqua ses mains sur ses tempes. Des cheveux soyeux vinrent caresser ses doigts. Même si elle l’avait voulu - ce qui n’était pas le cas, elle n’était pas aussi superficielle -, jamais elle n’avait eu de cheveux aussi doux.
    Saisissant une mèche entre ses doigts, elle constata qu’elle était beaucoup plus courte qu’a l’accoutumé en tentant de la placer devant ses yeux, et observa aussi qu’ils étaient devenus… gris.
    Gris.
    Une seconde passa.
    A partir de la deuxième, elle se mit à secouer furieusement la tête, cherchant à déloger la tonne de poussière qui y avait élu domicile, pour rendre ses cheveux aussi… aussi…
    Putain, elle y arrivait pas.
    Cette couleur qu’elle ne parvenait pas à enlever, elle l’avait déjà vue quelque part. Elle l’avait vue quelques secondes auparavant.
    Elle en était certaine.
    Ses pensées confuses s’imbriquaient les unes dans les autres de façon totalement aléatoire, le cour de sa réflexion se heurtait à des détails sans importances qui lui semblaient pourtant indispensable. Elle ne savait pas pourquoi, elle ne savait pas comment ses émotions, son ressenti, sa perception des choses pouvaient être à ce point troublées. A ce point…
    Différentes.

    Le nuage tomba enfin.
    Un corbeau croassa brutalement.
    Elle tomba de sa poutre, le souffle coupé.
    Ce n’était pas possible.
    Prise d’une nouvelle quinte de toux, elle se redressa, à quatre pattes, tentant de reprendre son souffle.
    En face d’elle se tenait… Elle.
    Elle s’était déjà regardée dans un miroir. Elle savait à quoi elle pouvait ressembler. Mais le vivre de cette façon, dans ces conditions, sous cet angle, c’était…
    C’était absolument malsain, tout à fait terrifiant, et parfaitement incompréhensible.
    Elle - enfin, l’Elle qui se tenait en face - ouvrit les yeux. Lilian hoqueta. C’était ça son regard.
    C’était ça son pouvoir, celui qui révulsait tous ces gens, au point de les pousser à détourner les yeux, à ne jamais la regarder en face.
    Cet océan si terrifiant parce que si profond, annonciateur de la fin d’un monde dont personne ne voulait admettre ni la présence, ni la véracité, ni les problèmes.
    Un regard accusateur.

    Son autre elle, celle dans laquelle sa conscience n’était pas, saisit sa tête entre ses mains, ce qu’elle sembla regretter immédiatement. Elle leva des yeux traumatisés vers elle, la vrai Lilian, et sembla encore plus choquée.
    Ce fut au tour de la Reine de baisser les yeux.
    Le froissement d’un vêtement moins souple que le sien habituel attira son attention.
    Une chemise. Une chemise jadis blanche, poussiéreuse. Et sur le col, des traces de sang.
    Les pupilles de la fillette se dilatèrent alors que la vérité se creusait un chemin jusqu’à son cerveau.
    Une chemise entrouverte. Pris d’un soudain élan de pudeur, elle rabattit les deux pans du tissus devant ses clavicules… Et constata avec dépit que son corps, plat comme une limande, n’avait plus rien de féminin, et que Bordel elle portait pas de soutif.
    La remarque la fit vaciller, elle baissa les paupières sur un corps fin, presque androgyne. Mais plus grand. Plus maigre, plus élancé. Plus semblable à un Loup…
    Un Loup.
    Lilian retint un cri. D’abord parce qu’elle ne voulait absolument pas entendre sa nouvelle voix, bien qu’implicitement, elle la connût déjà, ensuite parce que crier comme une fille avec un corps de garçon… Ça ne le faisait pas, du tout.
    Elle leva les poignets et saisit son visage entre ses mains. Une peau froide et pâle, des traits parfaits, une finesse irréelle.
    Elle resta un moment sur la forme de ses yeux, ces yeux qu’elle avait contemplé, qu’elle avait affronté, dans lesquels elle avait plongé maintes fois en une journée. En une seule journée, elle avait été atteinte par une addiction terrible.
    Une addiction qui la laissait sans voix devant l’incongruité de la scène.
    Pour un peu, elle se serait crut dans une pièce de théâtre absurde.
    Et dont l’auteur lui-même ne connaissait le fin mot.

    Résumons, donc.
    La gamine blonde, bien déboussolée et totalement paniquée, se trouvait après déduction dans un corps de mâle, une garçon élancé, au corps bien trop fin et au visage bien trop parfait pour un banal adolescent tel qu’il en courait par dizaines dans les couloirs de l’Orphelinat.
    Il n’y en avait qu’un.
    Un seul qu’elle voulait plus que tout, plus que l’argent qu’elle adorait, un seul désir qui transcendait tout autre sentiment, que ce fût de l’amour ou de la haine, du mépris ou de la compassion, un seul qui balayait peurs et phobies d’un regard dédaigneux et d’un sourire sournois.
    Elle se trouvait à présent à l’intérieur de l’objet de ces désirs.
    Il y’avait de quoi perdre la tête.
    Si le degré de Folie auquel elle se trouvait n’avait pas été aussi élevé, bien sur. Elle tenait à son grade après tout.
    Lilian la Reine non conventionnelle se trouvait dans le corps de son Cavalier gris au sourire carnassier et au regard prédateur, avec sa putain de chemise ouverte dans une merveilleuse indécence.
    Elle ne se pâmait pas, non. Ce n’était pas son genre.
    Son genre, c’était plutôt…

        Croâââââ!


    Le piaf condescendant était de retour.
    Ses pensées animales résonnaient dans l’immense pièce. Un rire narquois, des remarques ironiques, en clair, il se foutait de leur gu…
    Stop.
    Stop stop stop.
    Depuis quand parlait-elle le corbeau?
    Elle venait pourtant d’entendre, distinctement, l’étendue de l’esprit étroit du volatile, et…
    Elle se retourna vers elle, enfin, vers le cendré qui se trouvait certainement dans son corps à elle.
    Estomaqué, il observait le corbeau décrire des cercles au-dessus de leur tête, tel une Jeanne d’Arc en pleine crise d’audition de voix.
    Lui aussi avait entendu.
    Et puis… Il se trouvait dans son corps.
    Dans son corps à Elle.
    Avec ses émotions, sa façon de percevoir les choses, ses habits, ses s… sous… vêtements…
    Le corps du Loup avait du mal à rougir en règle général, mais elle battit tous les records de couleur en trois secondes.
    Son sentiment d’embarras grandit, puis explosa au-dessus de sa tête, bruyant.
    Elle s’arrêta net.
    Elle venait de s’entendre penser… A voix haute?
    Cela voulait dire que lui aussi avait entendu. Quelque secondes plus tard, elle entendit la voix du loup sortir de son propre corps, mais il n’entrouvrit même pas les lèvres.

    «  Merde, merde, merde! Dans le corps d’une fille!… »

    Lilian-dans-le-corps-du-Loup fit deux pas en arrière, puis s’écroula.

    «  Putain, c’est quoi ce délire? @_@ »

    Toutes ses pensées étaient retransmises à voix haute et en direct.
    Génial. GENIAL. Merci bon-Dieu-si-tu-existes-jte-fais-la-peau-dès-que-j’te-croise-au-coin-dla-rue-si-je-suis-pas-morte-d’embarras-avant.
    Cependant, une part de son esprit arrivait à apprécier la situation. Ils étaient, enfin, sur un pied d’égalité. Si le Loup connaissait ses pensées, elle entendait les siennes.
    Le jeu était équitable, et actuellement…
    Le cavalier avait peur de ses nouveaux cheveux.

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Curve
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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Sam 10 Juil - 15:22


• • L'histoire d'un peu plus
• • qu'une nuit .. ♥


Je suis ta défaillance , ton enfance , tes faux pas ;
Je suis le manque qui ne se comble pas.

Je serai comme une ombre
a chacun de tes pas





    Oh oui, le jeu était équitable.
    D’une égalité remarquable. D’une neutralité sans précédant. D’une navrante impartialité.
    Il en aurait pleuré.
    Presque. Parce que même coincé dans le corps d’une nana a couettes, il n’allait pas se prendre la tête entre ses mains, laisser ses glandes lacrymales faire leur travail et sangloter comme la quiche que parfois il aurait aimé être. C’aurait été plus simple. Il n’aurait qu’a prendre un air parfaitement con – a vrai dire, il était quasiment sur que c’était déjà le cas – remuer les bras comme un névrosé en pleine crise d’épilepsie mentale, et pousser des cris hystérique en ayant peur de son corps trop féminin et sa voix de femelle de basse cour.
    Damn.
    Mais Curve restait Curve, et fille ou pas – actuellement le doute n’était plus franchement permis – il tenait a conserver un semblant de dignité.
    Ce fut donc avec beaucoup de mal qu’il se redressa, stoïque, cherchant a reprendre le contrôle de la situation, et profitant qu’elle – enfin que .. Son corps habité par une autre – soit déstabilisé et visiblement en train de réagir avec deux secondes de retard, il se prépara a mettre en marche l’encéphale qui n’était pas le sien.

    Premièrement l’environnement.
    Parce qu’avant de s’intéresser a lui, il allait sagement s’habituer a utiliser d’autres sens que les siens. Une chance que Lilian ne soit atteinte d’autre infirmité physique notoire, ou la frustration l’aurait sans doute consumé net.

    Ils se trouvaient donc dans une petite pièce qu’on ne pouvait pas qualifier de rectangle, car elle semblait disposer de cinq ou six cotés, que le fouillis et l’amas de boites le long des arêtes cachait et rendait le décompte impossible. Une pièce aux divers cotés donc, plus longue que large. Aux murs recouverts d’un lourd papier peint sans doute démodé depuis bien longtemps – Avait – il déjà été a la mode ? Vu la gueule des motifs, Curve en était sur :il n’aurait jamais voulu vivre a cette époque – qui avait vécu. De larges bandes s’en décollaient un peu partout, a un tel point qu’on aurait plutôt du décrire dans le sens inverse : Les murs étaient tachés, d’un beige délavé qui donnait un effet assez crasseux a l’ensemble, et restaient collées, ça et la, quelques rares bandes de papier peint.
    Le reste dédits morceaux étaient tout simplement sur le sol, échoués en petits tas franchement disgracieux, mêlés a des moutons de poussière et quelques pièces de tissu, qu’on aurait pu qualifier de torchon si la coupe n’avait pas évoqué un semblant de forme humaine. Sans doute un chemisier, ou une robe – a vrai dire, il s’en foutait royalement.

    Le sol lui, était composé du même simuli de parquet que le rez-de-chaussée, un gros film plastique qu’on avait collé a même le sol de plâtre, et qui lui aussi était troué par endroit, et se recourbait en de longues franges élimées. L’endroit était pourri, mais il avait de la gueule, une certaine classe mêlée a une sacrée couche de crasse, qui rendait l’étage plus accueillant que le bas, sans doute du au fait notoire qu’ici, il ne manquait aucun mur.
    D’ailleurs, il ne semblait pas y avoir de fenêtres du tout.
    Survolant la pièce du regard, le cendré – enfin, le … La dorée ? La blonde ? Mh, c’était immonde comme surnom. Devait t-il s’auto nommer la ‘ Reine de l’échiquier ‘ maintenant qu’il était dans son corps ? - repéra rapidement une fenêtre, dissimulée par une sacrée couche de saleté.
    Néanmoins, le détail ne l’intéressait plus guère, tout enfoncé qu’il était dans ses sombres méditations. Certes il était masculin dans le corps de la blonde, mais comment se dénominer ? Ni Curve, ni Loup, ni Cendré ne correspondaient désormais. Paradoxalement, il ne se voyait pas du tout penser a Lilian en tant que .. Cendré. Curve.
    Et hors de question qu’il se rebaptise Lady Curviana.
    L’affaire était donc classée pour le moment, le dossier refermé mais posé sur le bureau de ses pensées, au cas ou il y aurait un trou dans son emploi du temps ch… Hm. Non, en fait il verrait bien.
    Donc, Curve. Le cendré blond.
    Génial

    Relevant le menton – et encaissant une monstrueuse vague de frustration lorsqu’une mèche vint s’engouffrer dans son nez – il observa enfin le plafond, comprenant enfin pourquoi, malgré le manque évident de fenêtres, il faisait extrêmement clair dans la pièce. Ceci en prenant en compte le fait que le soleil se couchait – il était presque couché en fait – et qu’il ne faisait plus vraiment clair. Le toit était bâti en sommet de triangle, et soutenu par de larges poutres en bois. Or, si la moitié des tuiles sur tout le coté gauche avaient disparu, le coté droit restait intact et protégeait la globalité de l’espace de la pluie. Ce qui expliquait qu’on y voyait clair mais qu’il faisait franchement froid, et qu’accessoirement, le sol était mouillé.
    Voila pourquoi ses fringues étaient trempées.
    C’était rassurant, de savoir que les reins de Lady n’avaient aucun problème technique.
    Manquerait plus que ça, qu’elle s’urine dessus avant d’échanger leurs corps sur un coup de tête, le laissant se debr..
    Hm.
    Scène suivante.

    Enchaînant sur autre chose, l’oméga éclaircit une autre pièce du puzzle lorsqu’il aperçut, juchée sur les poutres de bois massif, une tribu de corbeaux au plumage noir et décrépi, aux serres cruelles et aux yeux sarcastiques. Ce qui expliquait le nombre incroyable d’étrons séchés dans al pièce. Ils corbeaux prenaient l’étage pour leur volière, super. Et au vu de leurs remarques, les deux cas sociaux n’étaient pas les bienvenus.
    L’un d’eux – un petit maigre famélique – battit des ailes et, dardant un regard ironique sur Lilian – enfin ... Sur le corps masculin de Curve – se mit a débiter un flot continu de pensées au ton sardonique et au débit rapide. Il était difficile de suivre le sens général, tant la bête manquait de liaisons logiques, mais globalement elle ne pensait pas du bien d’eux. Ne pipant mot, Curve fut a son tour transpercé par le regard cruel de la bête en manque de sensations fortes, qui ignora jusqu'à sa mort qu’il aurait pu finir sa vie en cet instant tragique, traversé par la première chose que l’oméga aurait pu saisir – outre un torchon cradasse et des boites en carton.
    Non, il exprima sa pensée en phrases tournées sans le moindre sens esthétique et avec une morgue de vieux bouffé par l’arthrose, déversant son mépris envers l’oiseau qu’il ne quittait pas du regard, lui envoyant sa haine a la gueule comme il avait coutume de le faire : dans le silence le plus complet.
    Sauf que ...
    Sauf que ses pensées, étrangement amplifiées, résonnèrent dans son crâne et celui de Lilian.
    Malheureusement pour lui, il ne s’en rendit compte qu’un peu tard.

    « Ah, parce que Maître corbeau, tu penses que ça m’amuse de me retrouver assis comme un arriéré a me geler le cul sur un sol pourri par la moisissure et deux bon kilo de guano ? C’est clair que niveau adrénaline, j’ai eu de quoi m’alimenter pendant les six prochains siècles, mais c’est pas une raison pour venir me f…

    Un écho douloureux lui fit secoua la tête, quand il intercepta le regard de Lilian ... Et deux – trois de ses pensées.

    « … Naaan ? .___.

    Mais si mon cher boucles d’or, et vu sa gueule, elle t’a bien entendu te taper la discute avec un piaf. Super. Génial.

    « Bordel je porte pas de soutif !..

    … De … Quoi ?!

    Le tableau fut charmant.
    Alors qu’il s’étouffait littéralement sans la moindre classe, elle retapissait l’épiderme du cendré en un rouge soutenu qui jurait horriblement avec ses cheveux blancs.
    Le pire, c’est qu’elle avait raison.
    Le soutif, fidèle au corps de Lilian et a son .. Hm, ce a quoi il était destiné, était resté en place. Et l’oméga fut bien forcé de constater contre la peau, la présence de ce putain de truc indéterminé qui le grattait comme un damné. L’objet non identifié l’était désormais.
    Putain, il portait un soutif. Il portait un soutif , merde.
    C’était carrément glauque, il en aurait presque tourné de l’œil.
    Parce que non, Curve n’était pas du genre gros-vicelard-pervers-qui-une-fois-coincé-dans-le-corps-d’une-nana-ne-penserait-qu’a-se-palper-les seins. Non mais c’était juste un amas graisseux, c’était immon…
    PUTAIN LE HAUT PARLEUR MERDE.
    Elle pouvait l’entendre depuis tout a l’heure.
    L’entendait – elle la ?
    Et la ?

    « Neuf fois un, neuf, neuf fois deux, dix-huit ... _

    La loose. La honte.
    La grosse merde.
    Il n’avait aucune vie privée, il ne pouvait même plus l’envoyer se faire voir la-ou-elle-voulait-et-plus-loin-encore-si-possible. Il ne pouvait même plus repenser a des trucs personnels, il ne pouvait plus penser a rien, il …
    Mais .. Mais merde quoi.
    C’était tout bonnement impossible de ne pas penser.
    Il cilla, passablement dégoûté par la tournure des choses, et en tant que bon mâle frustré qu’il était, lui renvoya la balle d’un air renfrogné, ouvrant les vannes pour écouter dans la moindre décence les méandres de l’esprit Lilianien.

    « Il est dans Mon corps. Avec mes émotions, ma façon de percevoir les choses, mes habits, mes s… sous… vêtements…

    NAOOOON.
    Il remballa ses affaires aussi rapidement qu’il était venu dans la mauvaise foi la plus totale, fuyant au grand galop ces révélations redoutablement .. Vraies.
    PENSE A AUTRE CHOSE BOUFFONNE @__@
    Pour la survie de mon-espèce-a-moi-que-je-suis-le-plus-important.
    Non mais oui quoi. Qu’elle garde de telles choses pour elle, lui n’allait pas penser s’il avait changé ses chaussettes la veille, ou s’il avait ..
    Oui non.
    Non non.

    Adressant ses plus vibrantes prières au dieu quel qu’il soit tant qu’il soit proche, et redoutant de finir étalé comme une larve sur le parquet a vomir les tripes de Lilian, il décida d’enclencher la marche automatique, préférant bouger plutôt qu’écouter les pensées d’une …
    Femelle.
    Fe… Femelle.
    Il frissonna. Il était, actuellement, dans le corps d’une .. chose de sexe opposé.
    C’était immonde. Injuste. Il n’avait pas mérité ça.
    Et ces cheveux, bordel !
    C’était long, c’était touffu, c’était chiant, c’était … C’était vicieux ET vivant, a ramper dans ses yeux, a lui chatouiller le nez, a s’engouffrer sans sa bouche.
    Ses cheveux a lui étaient bien dressés. Ils étaient sages, ne bougeaient pas, ne demandaient aucune attention particu…
    Bravo ducon, elle t’entend, t’as oublié ?
    Quelle question. Bien suuuur qu’il avait oublié.
    Roulant des yeux en se damnant lui et le monde entier, il plongea ses mains dans ses poches, prêt a prendre une attitude frustré-de-la-vie-tfasson-personne-me-comprend il se redressa.
    Et ses doigts entrèrent en contact avec lesdites poches.

    « AAH PUTAIN CEST IMMONDE !

    Braila t-il – mentalement – en toisant d’un air traumatisé – et tout a fait placide – ses doigts qu’il avait retiré des poches comme s’il s’était brulé.

    « RAH mouchoirs utilisés, non mais non de dieu, elle peux pas les balancer ces putain de papiers ? C’est a usage UNIQUE .. Ddhhhaaa, mon dieuuu TT__TT Il secoua les doigts, mortifié a l’idée d’avoir de la morve sur ses doigts, poursuivant sa litanie, ignorant to-ta-le-ment qu’elle le suivait – avec passion pas vrai ? – en direct. « Et apres on se plaint des épidémies, mais merde quoi, tsss. ET JAI TOUCHE ÇA, C’EST MÊME PAS A MOI D : Il fit une pose, la toisa. « .. Et si je lui balançais a la gueule ? -

    L’idée était tentante. Très. Mais .. Il évita. Surtout que s’il visait bien, le mouchoir irait se coller droit sur le front de sa cible. Sauf que la cible c’était SON corps.

    « Grgcrsbyrvhh, vie de merde T^T



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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.

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MessageSujet: Re: * La fuite moins belle. [PV] Mar 10 Aoû - 15:17

      J’embrasse la malédiction
      J’étreins la chanson
      Je garde ce que je ressens
      Quand je ressens ce qui ne va pas…

      J’embrasse le mal,
      La haine et ce qui est pire encore
      Je garde ce que je suis
      J’étreins la malédiction…



A l’intérieur, le film dans votre esprit
Est un suicide au ralenti
Est-il sûr de se cacher dedans?



    Lilian, en sa qualité d’enfant aussi banale que les autres -à l’époque-, avait déjà rêvé de devenir un oiseau. L’idée de porter deux ailes lui était séduisante, mais celle de devoir se séparer de ses bras pour les avoir, l’était moins. Orgueilleuse et soutenant le poids d’un ego démesuré, elle ne rêvait pas de moineaux, de mésanges ou d’hirondelles. Lorsque la Reine rêvait, elle le faisait en grand. Il lui fallait quelque chose de noble. Grand. Imposant. Quelque chose qui inspire le respect aux plus faibles, mais sachant user d’autre chose que de la force. Un oiseau aux serres cruelles et au sourire charmeur.
    Le faucon crécerelle, agile, rapide, était pourtant trop faible. Chassant seulement les souris et les lézards, de petites proies sans envergure, il ne pouvait soutenir le poids d’un empire. L’aigle royal, empreint d’une majesté ostentatoire, et bien qu’il sache ordonner avec force, ne lui convenait pas non plus. Trop imagé. Trop stéréotypé. Elle ne voulait pas d’un monarque respecté seulement pour son image, ou pour son sang.
    Reine non conventionnelle, il lui fallait quelque chose de plus mesquin. De plus vil. Moins direct et plus sûr. Quelque chose qui mettrait le doute dans les esprits tout en contrôlant ce doute, l’alimentant jour après jour, l’utilisant comme moyen de pression, comme arme de persuasion… Même si elle régnait sans partage, il lui était agréable d’avoir quelques sujets dévoués et ralliés à sa cause. Elle en trouverait, assurément…
    Mais ne voulait corrompre le cavalier gris, la tourterelle insolente qui sévissait dans ses branchages. Son monde à elle, était blanc, ou noir. Les pies lui plaisait de par leur entière subjectivité, leur ignoble iniquité qui les poussaient, à l’image de leur plumage, à peindre le monde en blanc, et noir.
    La Reine avait un goût prononcé pour les couleurs qui n’en étaient pas. Le blanc et le Noir la fascinaient depuis le début de son existence, depuis l’éveil de sa conscience aux choses du monde.
    Ainsi, lorsqu’elle s’était mise à rêver de devenir oiseau, comme tout être à peu près bien constitué, elle s’était naturellement tourné vers les pies. Bruyantes mais vives d’esprits, hargneuses, obstinées, intelligentes, individualistes et partiales au possible. L’idée lui avait plut, pendant un certain temps…
    Et puis, la rencontre, cette rencontre l’avait fait changer d’avis. Face au mélange de ses deux idées, face à un gris d’une parfaite neutralité, elle ne pouvait rester que pie. Il lui fallait être plus. Plus puissante, plus implacable, plus forte face à ce regard qui avait affronté le sien pour la première fois, face à l’acier qui avait tenu tête à la mer sans broncher.
    Il lui fallait donc être une chimère.
    Combiner les atouts des puissants, afin de créer la meilleure bête que l’on puisse incarner.
    Le faucon avait la rapidité et la vivacité d’esprit, l’aigle royal la majesté et l’image, le pygargue à tête blanche la puissance et la témérité, la pie, la sournoiserie, le mépris et l’iniquité.
    Lui manquait toutefois…

    Crôôaaa!

    Foutue volaille.
    En plus de ne pouvoir garder leurs pensées pour eux, les corbeaux prenaient un malin plaisir à couper et empêcher toute réflexion, absurde - comme la précédente - , ou non. Ils finirent par obtenir ce qu’ils voulaient: de l’attention. Les pensées bouillonnantes de Lilian, irrémédiablement attirées par les insupportables oiseaux, se firent brûlantes. Grossières. Vulgaires, presque. Elle leur adressa mentalement toutes les insultes qu’elle connaissait ou avait entendue, et lorsqu’elle fut à court, enchaîné sur des mots hors contextes mais qui lui permettaient de se défouler.
    Lorsque des choses telles que « Allez donc voir chez le taxidermiste si j’y suis, vu que visiblement vous avez rien d’autre à foutre que venir m’em… » apparurent dans son esprit, elle se rendit compte que le cendré désormais blond venait d’assister à tout son monologue, pas si mental que ça, grâce à ce cher pouvoir qui déconnait.
    Elle fustigea le Loup du regard, le défiant de faire une réflexion. Elle fut donc surprise qu’il s’adresse aussi au corbeau et non à elle lorsque les vannes de son esprit s’ouvrirent.

    « Ah, parce que Maître corbeau, tu penses que ça m’amuse de me retrouver assis comme un arriéré a me geler le cul sur un sol pourri par la moisissure et deux bon kilos de guano ? C’est clair que niveau adrénaline, j’ai eu de quoi m’alimenter pendant les six prochains siècles, mais c’est pas une raison pour venir me f… »

    Elle n’en revenait toujours pas. D’un côté, le fait qu’il puisse entendre ses pensées à elle lui était insupportable. De l’autre, à présent qu’elle entendait les siennes, elle se sentait soulagée. Non, plus que ça… Euphorique. Puissante. Elle se sentait puissante. La seule ombre au tableau étant que lui aussi avait le droit légitime de se sentir puissant; ils étaient dans le même bateau.
    L’instant d’après, la situation lui paraissait insupportable.
    Elle qui s’étaot battue pendant des heures pour obtenir une pied d’égalité, quelque chose s’apparentant à une certaine Justice, une forme de neutralité qui lui permettrait de se battre à arme à égale… Maintenant qu’elle avait tout ça, le simple fait qu’il l’ai aussi lui semblait révoltant.
    Elle voulait gagner.
    Et rassemblant ses dernières trouvailles sur le cendré, s’il se reprenait et profitait de la situation, il serait meilleur qu’elle à ce genre de jeu.
    Celui du Chat et de la Souris, ou la souris était un Chat, et le chat un Loup.
    Le carnassier pourtant, semblait en réelles difficultés:

    « … Naaan ? .___.

    … Siiiiii. Qu’il ne veuille pas l’admettre et qu’elle ne le veuille pas non plus ne changerait pourtant rien à leur situation.
    A la réflexion de Lilian portant sur ses nouveaux sous-vêtements suivis une adorable constations du cendré et son opinion sur la gent féminin et ses attributs qu’étaient ces… amas graisseux.
    Une furieuse envie de meurtre s’empara de la femelle ainsi qu’une démangeaison au niveau des mains lorsqu’elle songea à l’étrangler. Plusieurs raisons la retinrent. D’abord, elle n’avait pas envie d’être accusée de meurtre. Ensuite, elle n’avait pas envie d’être accusée de son propre meurtre. S’étrangler soit même lui semblait un peu glauque. Enfin, elle n’avait aucune envie de se mouvoir dans un corps qui lui était étranger.
    Ses pensées se bousculaient tellement dans son esprit qu’elle n’avait pas encore songé au moyen de régler le problème. Comment régler le problème de leurs deux pouvoirs qui a priori, étaient en pleine crise d’adolescence à l’intérieur du corps de gamins non consentants.
    C’était tout de même un sacré problème.
    La situation lui échappant totalement, elle ne songeait même plus aux conséquences.
    La pièce était trop absurde.
    Le rideau trop lourd.
    La scène trop sale.

    « Neuf fois un, neuf, neuf fois deux, dix-huit ... _

    Sa réflexion déviante venait d’heurter des tables de multiplications. Un souvenir douloureux remonta à la surface: l’apprentissage. Elle n’avait jamais aimé l’école. Et quitte à n’aimer aucune matière enseignée, elle gardait une préférence pour le français.
    De toute façon, elle n’aimait rien.

    Lady Lilian se renfrogna, jetant un regard Curvien à un Lilianesque lui-même occupé par un esprit Curvien. Ce que la situation pouvait être prise de tête…
    Elle sentit la migraine venir à des kilomètres, et se demanda fébrilement s’il ne lui restait pas une providentielle gélule bleue et jaune dans la poche. Elle voulu fourrer sa main dans sa poche, fouilla un instant, puis se rendit compte que ce corps ainsi que ces vêtements n’étaient toujours pas les siens.
    Trop tard.
    Un contact humide lui fit retirer la main à une vitesse dont elle ne pensait pas les muscles du cendré capables. Quoique en y repensant, il avait intercepté une boulette de mie en plein vol. Chose qui l’avait vraiment impressionnée sur le coup, elle devait bien l’admettre.
    Précautionneusement et avec des doigts trop pâles, elle écarta les rebords de la poche, découvrant au fond une boule de poil flasque et humide. Elle mit un instant avant de la reconnaître…
    Le rat. Il l’avait gardé.
    Elle jeta de nouveau un regard au cendré-blond, puis pour souligner ses pensée, attrapa la bestiole par la queue et la tandis devant elle. Le rongeur se balançait légèrement, imprégnant l’esprit de la gamine d’une impression de déjà-vu.
    Il l’avait gardé. Bon sang mais qu’est-ce qu’il lui trouvait à ce rat? Elle aurait dû le bouffer tant qu’elle en avait eu l’occasion. Maintenant, il ne serait sans doute plus d’accord… 
    Elle intercepta des pensées en plein vol. Aigues, rapides, nerveuses. Instinctivement, ses yeux gris se posèrent sur la souris.
    Ses pensées n’étaient pas formulées correctement. Ce n’étaient sans doute pas des pensées d’ailleurs, plutôt des émotions. La panique, l’insécurité, la résignation…
    Et ce cerveau qui n’était pas le sien semblait vouloir suinter d’une pitié dégoulinante. Un rictus étira les traits parfaits du visage prédateur, et elle laissa tomber la souris devant ses pieds.
    Un corbeau s’envola.
    Le rongeur disparut en un éclair, et elle le retrouva dans cette même poche qu’elle venait de lui faire quitter. Il se foutait d’elle?

    Elle avait beau essayer de se distraire, elle en revenait toujours au même sujet particulièrement irritant: les sous-vêtements. Ce qui lui valut une réflexion pensée-hurlée du cendré.

    « PENSE A AUTRE CHOSE BOUFFONNE @__@ »

    Oui bon.
    Ça avait le mérite d’être clair. Vu leurs jeux précédents, elle ne l’aurait pas pensé si pudique… C’était une révélation… intéressante. Et bien qu’elle fut aussi désarçonnée que lui, elle ne put s’empêcher de se délecter de l’information.
    Les prochaines heures promettaient d’être intéressantes…

    Ayant fini d’analyser la phrase du gris, elle se replongea dans ses réflexions et ses délires psychosomatiques. En fut arrachée in extremis.

    « AAH PUTAIN CEST IMMONDE !

    Elle leva la tête brusquement en l’entendant hurler, et constata bien vite qu’il venait lui aussi de faire une inspection… pochale. Elle attendit la suite de ses pensées pour connaître les détails.

    « RAH mouchoirs utilisés, non mais non de dieu, elle peux pas les balancer ces putain de papiers ? C’est a usage UNIQUE .. Ddhhhaaa, mon dieuuu TT__TT

    QUOI? Elle faillit s’étouffer, mais son nouveau corps tint le choc. Comment ça des mouchoirs utilisés? Elle prenait des douches froides, ce qui l’avait, à la longue, immunisée, attrapait peu souvent rhumes ou grippes, et ne se mouchait jamais. Elle en avait horreur, et lorsqu’elle en était dans l’obligation, elle ne le faisait jamais en public.

    « Et après on se plaint des épidémies, mais merde quoi, tsss. ET JAI TOUCHE ÇA, C’EST MÊME PAS A MOI D : »

    Il la regarda de haut en bas, puis reprit le cour de ses pensées.

    « .. Et si je lui balançais a la gueule ? -

    Lilian réagit au quart de tour:

    « C’est ça, je te le conseille. Essaie, qu’on rigole. »

    Ô, Joie. Son ironie ne l’avait donc pas abandonnée sur le coin de l’autoroute…

    «  C’est clair qu’un rat c’est vachement plus hygiénique, et super pratique pour se moucher… »

    Elle balança un regard noir au cendré, plantant l’acier dans l’océan.
    Quoiqu’ils puissent en penser, ils étaient dans une merde internationale.

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