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* Elégie.

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Lilian
Trilobyte cubique bouffeuse de boulets.
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Date de naissance : 03/06/1995
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MessageSujet: * Elégie. Mer 8 Sep - 21:09

    Il n’y pas de place pour l’hésitation
    Sens la fièvre monter,
    La douleur est prête, la douleur attend.
    Tu trembles et te contractes…






Elle le trouvait stupide, bovin. Il la trouvait ennuyeuse et prévisible.
Sans doute les choses étaient-elles équitables. Mais pas une seule seconde il n’y pensa. Son avis lui importait peu. L’avis du monde le laissait totalement indifférent, et le sien y était mêlé, quoique plus important, comme une perle plus bleue que les autres dans un collier délaissé au fond d’un grenier. Il lui donnait le droit de se forger un avis, une opinion. Mais ne s’y intéressait pas.
Un Curve restait un Curve.
Elément filiforme au milieu d’un décor en fusion, silhouette dédaigneuse du monde extérieur, a l’ego si démesuré qu’il était impossible de la voir. Curve se comportait comme l’Humain avec les fourmis : il savait que ces êtres existaient, avaient une intelligence, une vie en société, des tactiques et des rêves. Mais il ne s’en intéressait pas plus. Il s’amusait simplement de voir l’expression de la blonde changer selon ses humeurs, de la voir passer a l’exaltation au dégoût, au dédain puis a la colère. Il s’amusait de ses mimiques comme si elle n’était qu’une marionnette – celle qu’elle avait toujours été, au creux de ses mains – mais oubliait instantanément tout trait qui portait atteinte à son impériale personne.
Curve était seul juge de son comportement ; et étant son propre dieu, il ne daignait pas changer d’un iota pour lui plaire. S’amusait même lorsqu’elle l’insultait, ou le traitait comme un enfant.
Elle était distrayante.
Elle était son jouet, sa marionnette animée, l’amarre qui le rattachait encore vaguement au monde réel, la seule qui osait le tirer de ses songes pour tenter de laminer son ego a coups de répliques laborieuses.
Elle était passionnante à regarder, comme un animal exotique enfermé dans une cage dorée. Et lorsque la fascination s’envolait, il se retournait et la laissait se débattre seule dans sa haine. Lilian le haïssait et le désirait pour cela. Et lui s’amusait de ce jeu cruel, de ses tentatives pour l’abaisser chaque fois un peu plus.
Elle ne semblait pas concrètement réaliser que c’était ainsi qu’elle formait, maillon par maillon, la chaîne qui l’attachait a lui. Le jour où elle cesserait toute résistance serait celui ou il partirait a jamais. Néanmoins, l’omicron était intimement persuadé qu’au fond, elle en était consciente. Et que de ce fait, elle se débattait de plus en plus, crachant et mordant pour qu’il ne brise pas cette chaîne d’addiction qui les reliait pareillement.
C’était tout ce qu’espérait Curve.
Qu’elle continue a piailler pour qu’il ne cesse pas de l’emprisonner entre ses doigts.

Réprimant un sourire a cette pensée, il délaissa la poignée de la porte fermée, et jeta un coup d’œil aux alentours. Son regard tomba tout naturellement sur le miroir fissuré qui semblait soudé au mur, lui revoyant le faciès d’un individu rêveur, au léger sourire d’ange pensif et aux yeux glacés ou brûlait un feu dévastateur et silencieux.
Paradoxe.
Il effleura le miroir d’un doigt poussif, s’arrêtant sur les cassures du verre, espérant malgré lui s’y couper pour voir couler le sang. Son épiderme résista quelques instants, assez pour que l’idée vicieuse se soit envolée. Il dirigea alors son attention vers les divers produits étalés sur le sol, et s’accroupit pour les observer. Des fascicules jonchaient le sol, vantant les mérites d’une coloration brune ou d’une voiture au moteur peu polluant. Il les délaissa, choisit un produit au hasard, et ouvrit le robinet d’eau chaude. Après avoir fureté un moment parmi les placards remplis, il trouva un flacon de bain moussant acceptable, et l’esprit ailleurs, vida la moitié du flacon dans l’eau qui bouillonnait. Il surveilla, pensif, la mousse qui montait peu a peu, avant de poser sa serviette sur le radiateur archaïque qui dévorait une partie du mur particulièrement décrépi.

Il resta un bon moment collé contre le métal brûlant, voguant sur ses habituelles vagues de songeries inaccessibles a tout esprit carré, avalant par la même occasion la chaleur friande qui brûlait suavement sa chair blanche.
Curve aimait la chaleur. Mais la chaleur électronique, artificielle, contrôlée. Celle que l’on pouvait augmenter ou baisser a loisir, que l’on pouvait éteindre ou allumer lorsqu’on le désirait. Le soleil était trop vicieux pour pouvoir être une bonne source de chaleur durable.
Enfin, il arrêta l’eau, monta le chauffage a fond, quitta ses vêtements et pénétra dans la baignoire.

Le choc lui coupa le souffle.
Un coup de poing mental s’abattit sur son crâne, une onde de glace s’empara de ses veines, écrasa ses artères, détruisit sa chair. Des impulsions électriques et douloureuses se mirent a pulser sous son derme frigorifié, alors que l’eau avoisinant les deux degrés se mouvait, suave et malsaine, en halo impur autour de sa frêle silhouette congelée. Des dards de glace se mirent a percer ses tympans, sa vision s’obscurcit, ses poumons se débattirent dans leur impuissance, figés par une vague de froid monumental qui le pétrissait des orteils jusqu’aux épaules.
Idiot, iodiot, idiot.

C’avait été un tord stupide, une erreur ridicule que de ne pas vérifier la température de l’eau. De ne pas noter la vapeur qui semblait absente, de la mousse qui se diluait mal dans une eau aussi polaire.
Ses pupilles se braquèrent sur la porte qui s’ouvrait puis se refermait, alors que son bourreau provisoire se glissait dans la pièce, indécente et victorieuse. Toujours enserré dans un carcan rigide, ignorant ses muscles qui hurlaient en cœur, l’omicron la suivit des yeux, rongés par un intérêt morbide, alors que le puzzle se mettait en place petit à petit. Elle avait dilapidé l’eau chaude a dessein, et balançait actuellement ses fringues par la fenêtre entr’ouverte. Il resta un moment bloqué sur la vitre sale ou ses affaires avaient disparu. Puis descendit vers la blonde qui n’attendait qu’une chose : qu’il se venge. Que vexé par son échec, il se lève et lui enfonce la tête dans l’eau savonneuse, qui la finisse a coups de tabouret ou qu’il lui coupe les doigts un par un avant de lui faire manger jusqu'à ce qu’elle s’étouffe, la trachée encombrée par sa propre chair sanguinolente.
Le froid aidant, il ne réagit pas d’un iota.
Ferma les paupières. Les rouvrit.

Un sourire caustique s’empara de ses lèvres pales, et il inclina la tête en vrillant sur elle un regard insondable où semblaient s’ébattre des étoiles du paradis et le magma des limbes les plus obscures. Niché dans son cocon de mousse comme un ange déchu aux ailes dépliées, il glissa ses mains en coupe sous l’écume parfumée qui l’enveloppait, et baissant les paupières, souffla sur celle-ci.
Envoyant vers la jeune fille des pétales nacrés qui s’écrasèrent sur elle dans une douceur molletonnée.

Gelé jusqu’au plus profond de sa moelle, il sourit à la jeune fille, comme s’il la remerciait d’être un oisillon aussi entêté. Comme si la chose l’amusait, qu’il appréciait cette douche froide et n’en semblait pas gêné.

« Je dévorerais ton âme, Lilie-chan ♥

Sa voix coula comme la mousse entre ses doigts, crémeuse et d’une pureté absolue.
Ses yeux clairs n’exprimaient rien qu’un amusement candide.

Il n’était pas en colère. Il n’était même pas vexé. Devant ses iris planait un nuage blanc ou se mariaient chimères et idées irréalisables, ou se côtoyaient le possible et l’impossible. Il ignorait comment, mais le froid irradiant semblait avoir enserré son cœur d’une gaine de glace plus solide que sa propre envie de destruction, et il avait dès lors l’envie simple de se détourner comme toujours et de la surprendre.
Elle s’attendait a une déferlante d’électricité, a des volts s’écrasant sur son corps offert en sacrifice pour cette vision tant désirée, il prendrait alors un plaisir tranquille a renier sa main et a fuir par un couloir latéral.
Il aimait la surprendre. Il sentait déjà l’incompréhension dans ses yeux.
Il n’oublierait pas de la punir pour avoir osé. Après tout, c’était la raison pour laquelle elle avait agi.

Il toisa la mousse qui fondait sur la peau de l'impie.
La fourmi l’avait piqué.
Il allait l’embrasser puis lui arracher les pattes.



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Quelques mots de politesse lui échappent parfois ; un salut, un remerciement ;
coutume hypocrite qui gagne en partisans.

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Lilian
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MessageSujet: Re: * Elégie. Dim 20 Fév - 0:34



Oh ces mots qui me reviennent
A ces rendez-vous
Qui sera le plus mesquin
Qui sera le plus fou
Oh ces veines qui enflent
Pour cracher le venin
On sait pourtant que ça ne mène à rien




Il la trouvait ennuyeuse et prévisible? Dans ce cas, quelles raisons avait-il de persister, de... vivre avec elle, n'ayons pas peur des mots, car c'était exactement ce qu'il faisait.
Oui, un observateur extérieur eût résumé en quelques mots creux leur situation.
Ils vivaient ensemble.
Sous le même toit.
Dans les mêmes pièces étriquées, exiguës, entre les mêmes murs lézardés, sales et fendus, sous les mêmes poutres sombres et vermoulues, derrière les mêmes fenêtre opaques de poussière.
Ils dormaient même ensemble.
Et aucun des deux ne faisait le ménage. Lilian considérait le simple mot comme un outrage à son condition impériale. Les reines n'avaient jamais passé le balai dans leur propre palais. Elle ne dérogerait jamais à une règle qui lui seyait si bien.
Cependant, elle était absolument et intimement convaincue que le Loup ne s'abaisserait jamais à une tâche aussi dégradante et peu gratifiante. Le fait d'avoir un lieu de vie propre ne l'intéressait que très modérément. Après tout, à part la poussière qui alourdissait l'atmosphère, l'appartement en lui même n'était pas si crasseux...
Bon, la tapisserie partait en lambeaux, et après?
Les murs étaient fissurés. Ils n'avaient pas vraiment de plafond, si ce n'étaient les tuiles du toit et les restes de laine de verre, qui avait jadis servi à isoler. Elle était à présent plus utile aux corbeaux et autres volatiles, emplumés ou non, qui peuplaient les hauteurs de leur château de béton armé.

Ils étaient là plus ou moins clandestinement.
Lilian avait versé une certaine somme à une certaine personne, résident plus ou moins certainement dans un bâtiment certain. L'immeuble qui abritait leur refuge, et dont la porte d'entrée avait été soigneusement brisée par leur soin, n'était habité que par des rats. Des rats sales et puants, sortant des égouts de la ville, avec leur museau avide et leurs yeux cruels... Mais aussi des rats humains, des loques, des moins que rien, les rebuts d'une société qu'on avait jeté aux ordures, espérant que l'Éboueuse Suprême les embarquerait rapidement.
Mais l'éboueuse de la Terre qu'était la Mort ne passait pas assez vite. Régulièrement, les deux presque-adultes trouvaient des sans-abris assoupis ou inconscient devant leur porte. Ils se contentaient de les ignorer, persuadés peut-être qu'ils disparaitraient de cette façon.
Lilian était riche.
Lilian ne faisait pas l'aumône.
Lilian était avare.
Les rebuts la répugnaient. Elle leur avait voué, pendant un certain temps, un mépris tout autre que celui qu'elle réservait aux autres. C'était un dédain tellement plus simple, tellement plus courant, tellement plus... compréhensible par le commun des mortels, qu'il en devenait ridicule. Si ridicule qu'elle ne l'accordait plus aux concernés.
En fin de compte, aux yeux des autorités, ils n'étaient eux-mêmes que des squatteurs.
De simples rats.

Elle aimait être à part. Elle aimait choquer sans se mettre en danger, et aimait le danger quand le risque ne lui était pas destiné. Elle appréciait l'ivresse du péché, mais frissonnait toujours par procuration. Le fait était que sa phobie des conséquences, si présente, si envahissante dans un esprit sollicité en permanence par des choses absurdes, devenait incontrôlable au moindre faux pas.
Sa réalité n'était en rien semblable à celle des autres, et n'avait par conséquent rien à lui envier. Son monde lui convenait parce qu'elle l'avait crée à son image, elle l'avait façonné comme elle le voulait, sans se préoccuper de l'avis des Autres, jadis si envahissant...
Dans ce monde sur lequel elle régnait, elle était Tout.
Omnisciente, omniprésente, omnipotente.
Elle savait tout, était partout, détenait le pouvoir sur tout.
Et le cavalier gris s'était immiscé dans son paradis tyrannique.

Et elle observa la danse de l'eau punitive, se délectant des remous glacés formant chaînes et dards contre la peau d'albâtre du cendré. Blanche et glacée, le liquide glissait et mordait l'épiderme semblable à du vélin. L'eau était son alliée. En témoignait l'océan de ses yeux, le cobalt en fusion, teinté d'arabesques d'or et d'argent. Il était définitivement sculptural, mais si la société pardonnait tout à la beauté, l'eau, elle, ne faisait pas de quartier. La marée montait, la vague se formait, immense, hurlante, et engloutissait le monde ingrat. Elle balayait le mal, détruisait le bien, ne laissait derrière elle qu'un paysage tranché, partagé entre le blanc et le noir. Un monde partial, idéal.
Elle vénérait l'eau, et c'était tout naturellement que lui était venue l'idée de s'en servir aux dépens du Loup. Jusqu'à présent, il l'avait prise de haut, il avait commis d'innombrables crimes de lèse-majesté, il avait mutilé sa dignité, piétiné son honneur royal.
Mais la reine s'était redressée sur son trône de fer. Sa couronne avait repris sa place sur sa tête, sertie de saphirs et de lapis-lazuli.
Il fallait qu'il payât le prix de ses péchés.

Cependant, le froid polaire qui l'envahissait semblait avoir ralenti les fonctions cérébrales primaires du mâle. Autrement dit, celles qui lui permettaient d'exécrer, de haïr, de corrompre, d'inciser, de mordre. Ne pensait-il plus? Le froid l'avait-il transformé en légume? Rien n'eût été moins drôle; elle se fût profondément ennuyée pour le restant de ses jours.
Et malgré son héritage colossal, elle eût sans doute vécu à la rue si elle n'avait connu son Cavalier.
Son père lui avait dit un jour: « Listen Lilian, the knight is the best pawn in chess... His moves are totally unpredictable »
Avait-il prédit sa rencontre avec le cavalier gris? Sans doute était-ce son destin. Sans doute était-elle la seule à pouvoir supporter un tant soit peu cet ego qui transpirait même des murs... Elle se plaisait en tous cas à le penser.
Elle aimait tant se sentir unique...
Et puis, après tout, il était la seule personne, la seule, à qui elle avait offert un présent. Elle ne s'était jamais attendue à ce que le cendré lui rendît, essentiellement parce qu'avec l'enchaînement trop rapide des événement, elle n'en avait pas eu le temps.
Mais à présent...
Elle n'avait qu'une envie.

Elle ne craignait pas le froid. Elle voulait rentrer dans cette baignoire à son tour, et arracher ce demi-sourire qu'il arborait fièrement, à coups de dents. Elle voulait lui faire peur, le mordre jusqu'à ce qu'il crie, jusqu'à ce qu'il hurle, le mordre jusqu'au sang, jusqu'à, laisser sa trace, sa marque, une signature indélébile sur un corps parfait. Il se souviendrait d'elle chaque minute, chaque seconde, à chaque tiraillement le long de sa blessure.
Elle voulait affirmer sa domination physiquement, aussi bien que psychiquement, peu lui importait ce qu'en pensait le mâle.
Ses états d'âmes et ses envies ne l'intéressaient pas ou plus, elle voulait simplement être certaine qu'il pût la distraire pendant longtemps encore.

Un déclic eut lieu. Une lame de fond remua le terre meuble, le limon fertile qui s'était déposé au fond de la fosse absurde. Profondément enterrée sous une couche pierreuse de peurs et d'inquiétude, de rejet et de mépris. Une bulle, une seule, iridescente, une bulle d'Indifférence.
L'Indifférence qui anéantissait la peur, l'antonyme de la phobie, l'allégorie antithétique à la hantise qui avait pourri, rongé son âme et sa capacité à exister pleinement.
Pour la première fois depuis plus de dix ans, Lilian se sentit vivre. Libérée du poids odieux des conséquences qui brisait ses épaules, broyait son dos courbé.
Pour la première fois, Lilian obnubilée par les conséquences de ses actes, hantée par le futur plus que par le passé, lui enterré sous une masse grouillante de pensées absurdes et incohérentes, Lilian Disdain, respira. Son esprit ressemblait au final à un bouillon de culture, à l'eau croupie d'un étang où pullulent les bactéries, que l'on aurait piégée dans un erlenmeyer pour les mettre en évidence.

L'indifférence naquit d'une bulle dans cet esprit démentiel, sphère d'un vide bienfaiteur qui creva la surface stagnante et chaude, la marée d'immondices, la vase gluante de l'effroi.
Le sentiment nouveau sembla aiguiser sa vue, souligner son regard, tel un trait d'eyeliner , plus noir que l'aile des corbeaux dont elle partageait la demeure.
L'indifférence face aux conséquences radia une des phobies les plus handicapantes qui l'accablait.
Ce fut cette sensation de liberté euphorisante, cette joie sans limite, étouffante, qui la poussa à mettre son plan à exécution, ainsi que tous ceux qui suivraient.

La blonde se courba imperceptiblement en avant, arquant le dos avec discrétion, de la même façon qu'un chat qui se prépare à attaquer. Son regard sembla s'aiguiser, tel le rapace prêt à fondre sur sa proie. Et si le fait de le faire n'avait pas été un signe aussi flagrant de ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle aurait volontiers passé sa langue sur ses lèvres. A l'instar du Loup.
Un éclair blond traversa la pièce, ses cheveux trop longs semblables un instant à la queue d'une comète. La seconde d'après, le lourd clapotement de l'eau contre l'émail se fit entendre.
A genoux dans la baignoire, au-dessus de mâle gris qui semblait déconnecté de la réalité, son cerveau transi par le froid.
Elle décida de le réveiller.
Tel un serpent avide et sinueux, elle plongea en avant, crocs sortis, visa une épaule éburnéenne qui s'offrait à elle... Serra les mâchoires, violemment. Pendant un instant, elle ne sentit rien. Rien d'autre que la chair tendue sous ses dents, rien d'autre que le froid de l'eau, envahissant.
Puis le sang afflua. Il pulsa sous la peau meurtrie, s'échappa des vaisseaux sensés le contenir, franchit la barrière de la peau, et commença à couler paresseusement en minces filets vermillons. La reine se délecta un moment du plaisir pervers qu'elle éprouvait au goût du sang. Elle n'était ni vampire, ni sangsue, mais le simple fait que ce soit le sien, son sang à lui, la remplissait d'une satisfaction et d'une joie immenses. Elle étouffait dans ce bonheur trop grand, car c'était bien là un sentiment auquel son organisme n'était pas du tout, mais alors pas du tout adapté.
Au bout de plusieurs minutes, elle desserra les mâchoires se redressa quelque peu sur le corps meurtri du cavalier, et observa avec un sourire presque tendre les ruisseaux de sang rouler le long de son épaule, puis de son bras, pour venir se confondre et mourir dans l'eau froide qu'ils tentaient de rouge.
Elle trouva le spectacle magnifique.
A tel point qu'elle ne se rendit pas compte qu'elle avait gardé la veste du cendré – ouverte, certes, mais bien place sur ses épaules -, avant de plonger. Le gris s'était transformé en une marée sombre sous le poids de l'humidité. Ses cheveux, plaqués contre sa nuque, évoluaient en volutes gracieuses dès lors qu'ils entraient en contact avec l'eau.

Son regard polaire se vissa dans celui du mâle. Une lueur d'amusement farouche dansait au fond de ses iris, cachée derrière l'eau et la glace, cachée derrière euphorie.

Qu'il l'électrocute.
Elle en mourrait d'envie.
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